7,3 millions d’Israéliens ont été appelés aux urnes pour élire les 120 députés de la Knesset. Ce scrutin, en un seul tour, est présenté comme un référendum pour ou contre Benjamin Netanyahu, le Premier ministre sortant. Ce dernier est donné au coude-à-coude avec le camp formé autour de son principal rival, le centriste de droite Gadi Eisenkot, ancien chef d’État-major. La Liste arabe unie, composée du parti communiste Hadash, le parti laïc Taal et du parti nationaliste Balad, peut faire pencher la majorité d’un côté ou de l’autre et ainsi empêcher Netanyahu de former un gouvernement.
Source La Marseillaise : Comment s’est déroulée cette campagne durant laquelle on a tenté de vous mettre hors de course ?
Ofer Cassif : Personne ne peut savoir quels seront les résultats, mais nous sommes optimistes. Nous avons fait de notre mieux, en parcourant le pays de long en large. Nous espérons que nombreux seront ceux qui iront voter pour la Liste commune, tant au sein de la population arabe que de la population juive démocratique. Tout le monde comprend que nous sommes à un carrefour, qu’il ne s’agit en réalité pas d’un carrefour en X mais en E : soit nous allons droit en enfer, soit nous commençons le changement. Nous en avons vraiment besoin, c’est plus urgent que jamais. Les fascistes et leurs collaborateurs ont tenté de nous empêcher de nous présenter. Nous n’abandonnons jamais. Nous poursuivons notre combat, la justice est de notre côté, nous continuons à lutter contre le fascisme et le racisme.
« Aller droit en enfer », c’est maintenir Netanyahu au pouvoir ?
O.C. : Un gouvernement dirigé par Netanyahu, poursuivra l’extermination du peuple palestinien. Au moment où l’on se parle, le génocide continue à Gaza, le nettoyage ethnique en Cisjordanie s’aggrave d’heure en heure. Et, avec cela, la persécution au sein même d’Israël, des citoyens palestiniens et, plus généralement, de ceux qui font entendre une voix alternative et critique à l’égard du gouvernement. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour nous interdire d’agir, pour nous réduire au silence. Il est donc évident que s’ils reprennent le pouvoir, ils achèveront leur œuvre, pour ainsi dire. Cela signifie un nettoyage ethnique total et l’extermination des Palestiniens, y compris au sein de l’État souverain d’Israël. Je n’exagère pas quand je dis que c’est une question de vie ou de mort. De toute évidence, nous avons besoin d’un changement de toute urgence. Le prochain gouvernement, même s’il est dirigé par Gadi Eisenkot, ne mettra pas fin à l’occupation, aux guerres et à la colonisation de la Syrie ou du Liban. Mais si nous sommes assez forts et que nous parvenons à exercer davantage de pression, alors il est certain que certains crimes vont cesser. Commençons par mettre fin au génocide à Gaza, par nous retirer de là-bas et démanteler les nids du terrorisme, à savoir les soi-disant « avant-postes ». Et bien sûr, mettre fin à l’assaut fasciste contre la société israélienne sur le plan intérieur. Ces mesures, le prochain gouvernement, s’il n’est pas dirigé par Netanyahu, pourrait les prendre.
Le président américain Donald Trump lui a apporté son soutien.
O.C. : Je trouve tout à fait normal qu’une merde trouve une autre merde à son goût (sic). Il a soutenu Milei, il a soutenu Bolsonaro, il a soutenu Orbán. Il a toujours soutenu la lie de l’humanité. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’il le fasse encore une fois.
Le coût de la vie est également l’un des enjeux de ce scrutin ?
O.C. : Le coût de la vie en Israël est extrêmement élevé. Les prix des biens de première nécessité comme l’alimentation, le logement, l’éducation et les soins de santé, sont sans commune mesure avec ceux de la plupart des autres pays de l’OCDE, et même de certains qui n’en font pas partie. Cela inquiète beaucoup la population. Alors, pourquoi les gens en Israël, contrairement à ce qui se passe actuellement en Espagne, en France, et ailleurs, ne descendent-ils pas dans la rue ? Parce qu’ils sont totalement absorbés par les soi-disant questions de sécurité, du danger venant du Hamas et du Hezbollah. C’est l’une des raisons pour lesquelles ce gouvernement, qui a toujours servi les capitalistes et les classes dirigeantes, souhaite entretenir cette situation de peur, de rage et de frustration, car cela détourne l’attention des masses des questions de classe liées au coût de la vie. Et ce, afin de la recentrer sur la survie élémentaire face au risque réel, telle que définit par le gouvernement et la plupart des partis d’opposition, à savoir les Palestiniens et les pays arabes voisins.
Le système éducatif aussi esten déclin. Comment l’expliquer ?
O.C. : Le système éducatif n’existe littéralement pas. C’est une combinaison de deux choses. Tout d’abord, dans la pratique, même si ce n’est pas toujours légal, les parents payent de plus en plus cher pour l’éducation de leurs enfants dès leur plus jeune âge. L’autre, c’est que l’État, s’implique de plus en plus dans le contenu de l’enseignement. Au lieu de rendre les jeunes Israéliens plus ouverts d’esprit et plus sceptiques, on leur fait un lavage de cerveau avec des absurdités nationalistes, racistes et colonialistes.
Les jeunes Israéliens d’aujourd’hui comptent parmi les plus ignorants du soi-disant « monde occidental ». Ce n’était pas comme ça il y a 30 ans ou 40 ans. C’est beaucoup plus facile pour un dictateur de gouverner ses sujets s’ils sont ignorants.

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