Gérard Le Puill, l'Humanité
Le 6 novembre 2023, le Parti Communiste Français et la revue Progressiste publiaient le document titré « Empreinte 2050 plan climat pour la France ». Comme aucun autre parti n’a produit un document de ce type, Fabien Roussel est le seul candidat à l’élection présidentielle ayant choisi de répondre à cet enjeu déterminant en ce XXIème siècle.
Nous sommes dans un moment où la campagne électorale pour élire un nouveau président de la République en mai 2027 se déroule dans une grande confusion. L’année 2026 a été marquée par de longues sécheresses, des incendies ravageurs, des tempêtes et des inondations dévastatrices. Elles font reculer notre souveraineté alimentaire tandis que les réparations coûtent de plus en plus cher et font croître le bilan carbone de l’économie du pays malgré une croissance atone. Se pose donc la question de savoir dans quelle mesure l’indispensable freinage du réchauffement climatique en cours sera évoqué d’ici le mois de mai 2027.
Le 25 octobre à Orléans, lors du congrès du Rassemblement National (RN), ni la candidate Marine Le Pen, ni son potentiel futur Premier ministre Jordan Bardella, n’ont évoqué le sujet dans leurs longs discours de près d’une heure chacun. A droite, d’Edouard Philippe à Bruno Retailleau, en passant par Gabriel Attal , les priorités se concentrent sur le recul des dépenses budgétaires avec une évolution des salaires et de pensions de retraite inférieure à la hausse des prix. Chez eux aussi, le freinage du réchauffement climatique en cours est occulté au terme d’une année 2026, qui donne à réfléchir 11 ans après la tenue de la Cop 21 à Paris en fin d’année 2015.
Comment diviser par 7 les émissions de CO2 d’ici 2050 ?
Dans ce contexte, relire en cette fin d’année 2026, le document de 118 pages publié le 6 novembre 2023 par le Parti Communiste Français et la revue « Progressistes », dirigée par Amar Bellal, nous donne à voir les enjeux et les solutions encore possibles pour réduire le bilan carbone de la France. La population française est égale à 0,8% de la population mondiale et les émissions de CO2 émises en France se situent entre 370 et 376 millions de tonnes d’équivalent CO2 par an. Cela correspond a environ 0,8 à 0,9% des émissions moyennes au niveau mondial. Mais ce chiffre est trompeur dans la mesure où les délocalisations de productions industrielles dans les pays à bas coûts de main d’œuvre font croître le bilan carbone des produits importés pour être consommé en France sans que leur bilan carbone ne soit attribué à notre pays. Pour prendre sa part dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre afin d’atteindre la neutralité carbone en 2050, la France doit diviser par 7,5 ses émissions de CO2 d’ici cette date.
Concernant l’agriculture, le document du PCF indique en page 36 que «le plan fait l’hypothèse d’une reproduction de la fertilité de la terre, basée sur l’incorporation d’effluents d’élevage accompagnant une augmentation des légumineuses céréalières». Car les légumineuses captent l’azote de l’air et le font transiter jusqu’à leurs racines pour en faire un fertilisant sans émettre du CO2. Le document indique que la généralisation d’une « telle mesure permettrait de réduire les émissions agricoles de 13 millions de tonnes de CO2 » par an. Il ajoute que « l’élevage doit être réintroduit dans les régions céréalières. Il peut s’agir d’une nouvelle production sur des exploitations de grandes cultures à l’image d’un poulailler où d’un élevage des petit ruminants en production complémentaire ».
Réintroduire progressivement de l’élevage dans les plaines céréalières qui entourent la région Ile-de-France et ses 12 millions de consommateurs revient à faire travailler la nature de manière intelligente. Cela permettrait, d’une part, de réduire le bilan carbone des viandes ainsi produites, en rapprochant la fourche de la fourchette et en produisant du fumier. Ce dernier est un fertilisant issu de la paille et des déjections animale dont les terres de la Beauce n’ont pas vu la couleur depuis des décennies. Cela les conduit à consommer de plus en plus d’engrais chimiques très émetteurs de CO2 pour tenter de maintenir les rendements.
Manger moins de viande, mais de bonne qualité
En page 37, un paragraphe titré « Manger sain et à sa faim » préconise de « manger moins de viande, mais de bonne qualité, et plus de fruits et légumes ». Nous observons une évolution inverse depuis des années du fait de la multiplication des accords de libre-échange entre l’Union européenne et des pays tiers comme le Canada, le Mercosur, l‘Australie et la Nouvelle Zélande. Ces viandes produites à moindre coût pour l’exportation arrivent en France et dans d’autres pays membres de l’Union européenne avec un bilan carbone désastreux, dont la déforestation dans les pays exportateurs, tandis que le maintien de la chaîne du froid pour le transport sur de longues distances accroît considérablement le bilan carbone de ces viandes importées. Mieux vaut donc consommer moins de viande et faire croître la consommation de protéines végétales issues des légumineuses et des céréales pour freiner le réchauffement climatique.
On se souvient que Fabien Roussel , candidat à l’élection présidentielle de 2022, fit l’objet de violentes critiques de la part de certains commentateurs pour avoir déclaré le 10 janvier de cette année-là que l’on pouvait en France consommer « une bonne viande, un bon fromage et un bon vin » à l’occasion d’un repas festif. Il reste que son parti est aujourd’hui le seul à avoir produit un document permettant de réduire sensiblement les émissions de CO2 en France. D’autant que des militants communistes et d’autres citoyens ont amélioré son contenu depuis en y ajoutant des amendements. Réunis au soir du 4 novembre à Malakoff, ceux du département des Hauts-de-Seine ont pu le constater.



