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03 novembre 2026

Philippe Jaenada, lauréat du prix Goncourt avec « l’Inconnue du quai de Javel » , le prix Renaudot à François-Henri Désérable pour le Palais


Après le Médicis hier, remis à Philippe Vasset, Flammarion fait un doublé prestigieux avec un roman qui mêle l’enquête et l’autofiction. Une belle consécration pour un auteur très aimé du public, dont les livres se vendent bien en librairie. Le Renaudot revient à François-Henri Désérable pour le Palais, un livre sur le monde du vin.

Sophie Jouber, l'Humanité

Le Goncourt 2026, c’est un peu comme le foot (masculin) dans les années 1990, quand l’Allemagne écrasait systématiquement les autres équipes. Cette année, le suspense était limité, les quatre finalistes (Yannick Haenel, Philippe Jaenada, Clémentine Mélois et Sylvain Prudhomme) étant publiés dans des maisons appartenant au groupe Madrigall, propriété de la famille Gallimard. Même si on peut noter la disqualification des maisons du groupe Hachette (Fayard, Grasset, Stock…), propriété de Vincent Bolloré, une telle monochromie en dit long sur la concentration qui ronge le monde de l’édition.

Cela étant posé, la consécration de Philippe Jaenada, dont l’Inconnue du quai de Javel se vend bien en librairie (17 000 exemplaires les trois premières semaines), est une bonne nouvelle. Même si on avait un faible pour Sylvain Prudhomme (De l’autre côté du lac, Minuit), dont l’œuvre mérite d’être davantage mise en lumière. C’est aussi un beau doublé pour Flammarion, maison où Alix Penent d’Izarn, la directrice littéraire, a fait venir de nombreux poids lourds mais aussi des auteurs plus confidentiels et littéraires.

Transfuge de chez Julliard puis Mialet-Barrault – l’Inconnue du quai de Javel est dédié à Bernard Barrault, récemment décédé –, Philippe Jaenada creuse depuis une bonne dizaine d’années un sillon qui a fait son succès : des enquêtes sur des faits divers mêlées à l’autofiction, ce qui permet à ses lecteurs de partager son quotidien avec sa compagne, la peintre Anne-Catherine Fath, leur fils Ernest, les serveurs et les piliers de son bar préféré.

La condition des jeunes femmes de milieux populaires dans les années 1930 et 1940

Gros livre de plus de 500 pages, l’Inconnue du quai de Javel élucide le meurtre de Louise (ou Lise) Cansot, jeune Bretonne montée à Paris pour travailler comme bonne, retrouvée morte le 7 septembre 1949 à 1 h 30. Un temps modèle pour les peintres de Montparnasse, dont l’âge d’or est déjà terminé, figurante, mère d’une petite fille mise en nourrice, elle a vécu dans des meublés insalubres, à la merci des hommes qui payaient de temps en temps son loyer et l’emmenaient au restaurant.

Adossé à un époustouflant travail de documentation, avec l’aide de quelques archivistes opiniâtres, le roman reconstitue cet itinéraire à la fois singulier et typique de la condition des jeunes femmes de milieux populaires dans les années 1930 et 1940.

Il y a quelque chose de la performance dans ce livre où l’auteur et narrateur endosse les habits du commissaire Maigret, dont il s’est mis en tête de relire tous les livres, ce qui lui vaut quelques démêlés conjugaux avec son épouse, qu’il surnomme affectueusement Mme Fath, comme le commissaire appelait la sienne Mme Maigret. Autres temps, autres mœurs, il ne faut pas compter sur Anne-Catherine, qui apprend la trompette, pour se lancer sur commande dans la préparation d’une blanquette.

Suivant la méthode dite du « tapir enragé », Jaenada digresse, tire des fils, ouvre des portes sur moult personnages secondaires et suspects potentiels qui font grossir son texte, sans pour autant perdre le lecteur. On le voit souffler comme un bœuf en remontant à pied une rue de Tréguier, la ville bretonne d’où est originaire la victime, on déplore avec lui la disparition des pamplemousses jaunes, on déambule dans un Paris palimpseste où la géographie des quartiers populaires s’est déplacée.

Le Renaudot, fidèle à son ADN conservateur

Dans ce beau roman du temps qui passe – même si Jaenada refuse la nostalgie –, on croise quelques fantômes ou indices qui renvoient à de précédents livres, un clin d’œil à Kaky, la jeune femme de La désinvolture est une bien belle chose, un inspecteur de police échappé de la Petite Femelle, sur l’affaire Pauline Dubuisson.

Les fans connaissent la légende Jaenada, son tempérament casanier, son enfermement volontaire, l’année de ses 25 ans, dans son appartement pendant un an et dix-sept jours, les petits boulots, notamment comme journaliste à Voici, qui lui ont permis de vivre avant le succès. Couronné par le prix Alexandre Vialatte pour son premier roman, le Chameau sauvage, il a reçu le Femina en 2017 pour la Serpe, un roman autour d’Henri Girard, alias Georges Arnaud, l’auteur du Salaire de la peur, accusé d’un triple meurtre en 1941.

Fidèle à son ADN conservateur, le jury Renaudot récompense François-Henri Désérable pour le Palais, épopée œnologique née d’un engouement récent de l’auteur pour les grands vins. Dans la catégorie essai, Christophe Ono-dit-Biot (directeur adjoint de la rédaction du Point), pour l’Odyssée de l’Odyssée (Grasset), et Jean-Paul Enthoven, pour son Dictionnaire amoureux du bonheur (Plon), sont distingués.

Côté poche, le prix revient à Complètement à l’Est (Perrin), recueil de récits et reportages de Jean-Christophe Buisson, directeur adjoint du Figaro Magazine. Pas de tromperie sur la marchandise. Pour rééquilibrer un palmarès jusque-là très masculin, il serait judicieux que les jurées du Femina élisent demain une autrice (Lucie Rico, Emma Marsantes, Élise Lespade). À moins qu’elles préfèrent rattraper Yannick Haenel et son roman qui tombe à pic, La solitude des professeurs est infinie, grand perdant du Goncourt.

30 octobre 2026

Cuba et la majorité du monde tiennent tête aux États-Unis

 


Les 27 et 28 octobre se tenait comme chaque année depuis 1992 à l’ONU le débat sur le blocus des États-Unis contre Cuba. Depuis son retour au pouvoir en 2025, l’administration Trump a fait de ce vote un enjeu diplomatique majeur. Par les pressions, le chantage ou la menace envers tous les pays représentés, l’objectif impérialiste a été de faire perdre la majorité mondiale favorable à Cuba. Raté. En prime, la diplomatie cubaine est fermement intervenue cette année pour faire cesser les mensonges à la tribune venant du représentant des États-Unis.

Le monde a, pour la 34e année consécutive, rejeté massivement le blocus contre Cuba. Dans un contexte de renforcement sans précédent du blocus, doublé depuis janvier 2026 d’un siège naval empêchant les livraisons de combustible, le pays est violemment impacté. Asphyxie économique, financière et énergétique, le gouvernement des États-Unis cherche ainsi à détruire les services publics essentiels et à affamer le peuple cubain. Ne sachant plus comment faire pour casser une révolution qui demeure défendue et soutenue par la population, Washington met tout en œuvre pour porter le plus de coups possibles à la population cubaine.

Ce blocus renforcé coupe l’électricité, l’eau, ou encore l’accès aux médicaments des Cubains. Il a entraîné la multiplication par deux du taux de mortalité infantile, a fait baisser les taux de guérison des malades du cancer. Le blocus tue tous les jours des enfants, des personnes malades, et des personnes vulnérables. Cette politique génocidaire a été rejetée ce 28 octobre par 130 pays, dont la France, et soutenue par 17 pays réunis autour des États-Unis (25 abstentions et 19 pays n’ayant pas pris part au vote). Preuve que la grande majorité mondiale est consciente du caractère immoral et illégal de cette politique dirigée contre Cuba et son peuple.

Mais ce type de politique unilatérale exercée par la première puissance du monde pèse aussi comme une épée de Damoclès au-dessus de chaque nation. La majorité des pays en est consciente. Le Parti communiste français, dont on connaît le poids en France sur la question, a tenu à rappeler dans une déclaration, suite au vote, que « l’extraterritorialité des lois iniques des USA fait que ce blocus est également une attaque contre la souveraineté des peuples, y compris le peuple français ».

Pressions, chantages et menaces des USA

Ce débat à l’Assemblée des Nations unies est donc suivi d’un vote non contraignant mais politiquement très important pour Cuba et éclairant sur les rapports de forces internationaux. Nous pouvons identifier trois catégories de pays lors de ce vote. Ceux, très dépendants des États-Unis, qui votent presque systématiquement comme ces derniers (Israël, Ukraine, Paraguay, Macédoine du Nord ou encore, bien que plus récemment, le Maroc). Le second groupe correspond aux pays ayant connu une alternance politique récente, avec l’arrivée d’un nouveau pouvoir plus favorable aux États-Unis, ce qui explique une évolution du vote : Chili, Colombie, Pérou, Bolivie, Équateur notamment.

La troisième catégorie, la plus importante, qui votait historiquement en faveur de Cuba mais qui, depuis le retour au pouvoir de D. Trump, a progressivement fait évoluer ses votes, en passant du « Pour » à une abstention le plus souvent ou, de plus en plus, à un « non-vote ».

Le bilan de l’administration Trump-Rubio, d’un impérialisme extrêmement agressif, se reflète particulièrement dans cette troisième catégorie. Italie, Allemagne, Pays-Bas, pays baltes, Jamaïque, République dominicaine, Haïti, Honduras, Guyana… Ces pays votaient « pour » jusqu’en 2024 ou 2025 mais ont, cette année, opté pour un autre choix, plus favorable à Washington. La plupart de ces pays se trouvent en Europe ou en Amérique latine mais l’on retrouve quelques pays africains comme la Côte d’Ivoire ou la Somalie et plusieurs pays asiatiques comme la Syrie, le Tadjikistan, la Corée du Sud ou encore l’Arménie. Ce tableau des votes dessine ainsi une carte du monde de l’influence impérialiste des États-Unis.

Face à face entre Cuba et les États-Unis

Lors du discours à la tribune, le représentant des États-Unis, Mike Waltz, a tenté de justifier la politique états-unienne en ayant recours, dans la pure tradition rhétorique trumpiste, à des mensonges, des diffamations et des provocations envers la Révolution cubaine et le gouvernement cubain. Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a sollicité l’application du règlement onusien pour s’exprimer en urgence afin d’appeler au respect des usages de la diplomatie.

Le président de séance ne donnant pas suite à la requête de Cuba, pourtant conforme au règlement onusien, la délégation cubaine est descendue jusqu’à la tribune. Les diplomates cubains ont demandé au président le respect des règlements de l’ONU (ce qu’il fera ensuite). La situation a créé un face-à-face très rapproché et saisissant avec le représentant de l’impérialisme qui a alors hurlé des « reculez ! » ou encore «  c’est l’Amérique ici ! ». Les diplomates cubains sont restés droits, à l’image de leur peuple, déterminés à faire respecter son indépendance et sa dignité. Et ils ont répondu « nous ne reculerons pas ».

Source Liberté Actus 

28 octobre 2026

Législatives en Israël, « une question de vie ou de mort » Ofer Cassif, député communiste israélien réélu

 


7,3
 millions d’Israéliens ont été appelés aux urnes pour élire les 120 députés de la Knesset. Ce scrutin, en un seul tour, est présenté comme un référendum pour ou contre Benjamin Netanyahu, le Premier ministre sortant. Ce dernier est donné au coude-à-coude avec le camp formé autour de son principal rival, le centriste de droite Gadi Eisenkot, ancien chef d’État-major. La Liste arabe unie, composée du parti communiste Hadash, le parti laïc Taal et du parti nationaliste Balad, peut faire pencher la majorité d’un côté ou de l’autre et ainsi empêcher Netanyahu de former un gouvernement.

Source La Marseillaise : Comment s’est déroulée cette campagne durant laquelle on a tenté de vous mettre hors de course ?

Ofer Cassif : Personne ne peut savoir quels seront les résultats, mais nous sommes optimistes. Nous avons fait de notre mieux, en parcourant le pays de long en large. Nous espérons que nombreux seront ceux qui iront voter pour la Liste commune, tant au sein de la population arabe que de la population juive démocratique. Tout le monde comprend que nous sommes à un carrefour, qu’il ne s’agit en réalité pas d’un carrefour en X mais en E : soit nous allons droit en enfer, soit nous commençons le changement. Nous en avons vraiment besoin, c’est plus urgent que jamais. Les fascistes et leurs collaborateurs ont tenté de nous empêcher de nous présenter. Nous n’abandonnons jamais. Nous poursuivons notre combat, la justice est de notre côté, nous continuons à lutter contre le fascisme et le racisme.

« Aller droit en enfer », c’est maintenir Netanyahu au pouvoir ?

O.C. : Un gouvernement dirigé par Netanyahu, poursuivra l’extermination du peuple palestinien. Au moment où l’on se parle, le génocide continue à Gaza, le nettoyage ethnique en Cisjordanie s’aggrave d’heure en heure. Et, avec cela, la persécution au sein même d’Israël, des citoyens palestiniens et, plus généralement, de ceux qui font entendre une voix alternative et critique à l’égard du gouvernement. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour nous interdire d’agir, pour nous réduire au silence. Il est donc évident que s’ils reprennent le pouvoir, ils achèveront leur œuvre, pour ainsi dire. Cela signifie un nettoyage ethnique total et l’extermination des Palestiniens, y compris au sein de l’État souverain d’Israël. Je n’exagère pas quand je dis que c’est une question de vie ou de mort. De toute évidence, nous avons besoin d’un changement de toute urgence. Le prochain gouvernement, même s’il est dirigé par Gadi Eisenkot, ne mettra pas fin à l’occupation, aux guerres et à la colonisation de la Syrie ou du Liban. Mais si nous sommes assez forts et que nous parvenons à exercer davantage de pression, alors il est certain que certains crimes vont cesser. Commençons par mettre fin au génocide à Gaza, par nous retirer de là-bas et démanteler les nids du terrorisme, à savoir les soi-disant « avant-postes ». Et bien sûr, mettre fin à l’assaut fasciste contre la société israélienne sur le plan intérieur. Ces mesures, le prochain gouvernement, s’il n’est pas dirigé par Netanyahu, pourrait les prendre.

Le président américain Donald Trump lui a apporté son soutien.

O.C. : Je trouve tout à fait normal qu’une merde trouve une autre merde à son goût (sic). Il a soutenu Milei, il a soutenu Bolsonaro, il a soutenu Orbán. Il a toujours soutenu la lie de l’humanité. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’il le fasse encore une fois.

Le coût de la vie est également l’un des enjeux de ce scrutin ?

O.C. : Le coût de la vie en Israël est extrêmement élevé. Les prix des biens de première nécessité comme l’alimentation, le logement, l’éducation et les soins de santé, sont sans commune mesure avec ceux de la plupart des autres pays de l’OCDE, et même de certains qui n’en font pas partie. Cela inquiète beaucoup la population. Alors, pourquoi les gens en Israël, contrairement à ce qui se passe actuellement en Espagne, en France, et ailleurs, ne descendent-ils pas dans la rue ? Parce qu’ils sont totalement absorbés par les soi-disant questions de sécurité, du danger venant du Hamas et du Hezbollah. C’est l’une des raisons pour lesquelles ce gouvernement, qui a toujours servi les capitalistes et les classes dirigeantes, souhaite entretenir cette situation de peur, de rage et de frustration, car cela détourne l’attention des masses des questions de classe liées au coût de la vie. Et ce, afin de la recentrer sur la survie élémentaire face au risque réel, telle que définit par le gouvernement et la plupart des partis d’opposition, à savoir les Palestiniens et les pays arabes voisins.

Le système éducatif aussi esten déclin. Comment l’expliquer ?

O.C. : Le système éducatif n’existe littéralement pas. C’est une combinaison de deux choses. Tout d’abord, dans la pratique, même si ce n’est pas toujours légal, les parents payent de plus en plus cher pour l’éducation de leurs enfants dès leur plus jeune âge. L’autre, c’est que l’État, s’implique de plus en plus dans le contenu de l’enseignement. Au lieu de rendre les jeunes Israéliens plus ouverts d’esprit et plus sceptiques, on leur fait un lavage de cerveau avec des absurdités nationalistes, racistes et colonialistes.

 Les jeunes Israéliens d’aujourd’hui comptent parmi les plus ignorants du soi-disant « monde occidental ». Ce n’était pas comme ça il y a 30 ans ou 40 ans. C’est beaucoup plus facile pour un dictateur de gouverner ses sujets s’ils sont ignorants.


27 octobre 2026

Point de vue de la journaliste Brésilienne Dani Legras : Lula, la victoire du sursaut


Il est cinq heures du matin à Marseille lorsque j’apprends la réélection de Lula. Depuis le retour de la présidentielle au suffrage direct, en 1989, jamais un candidat arrivé deuxième au premier tour n’avait remporté le second. 

Je dois l’avouer : je respire un peu mieux.

À l’issue du premier tour, Luiz Inácio Lula da Silva, habitué aux renaissances comme aux revers, doit retrouver le chemin des électeurs. Sa campagne semble trop compter sur son bilan. Flávio Bolsonaro, lui, s’appuie sur l’héritage familial et deux préoccupations majeures : l’insécurité, qui pèse sur le quotidien, et le coût de la vie, qui éprouve les budgets. Lui-même évangélique, il sait parler à cet électorat devenu central.

Entre les deux tours, la mobilisation populaire gagne la rue. D’abord tétanisés par un possible retour de l’extrême droite, des citoyens agissent sans attendre les consignes du Parti des travailleurs. Étudiants, artistes et supporters de football se retrouvent dans les rassemblements. L’élan se nourrit aussi de rencontres minuscules. Dans un reportage de la revue Piauí, un couple propose aux passants une minute de conversation ; d’autres offrent une fleur pour engager la discussion. « Ce que la vie nous demande, c’est du courage », écrit Guimarães Rosa dans Grande Sertão : Veredas. Ils semblent l’avoir pris au mot.

Sur WhatsApp, le député André Janones donne à cette mobilisation un puissant relais. Téléphone à la main, Lula appelle à convaincre autour de soi. Chacun contribue avec ses mots, ses proches, le temps dont il dispose.

La campagne revient au quotidien : préserver le pouvoir d’achat, travailler moins sans perdre de salaire, protéger les droits sociaux. Et défendre la démocratie.

Selon le politologue André Singer, ce changement s’amorce dès septembre. L’entre-deux-tours l’amplifie et élargit le rassemblement aux déçus du gouvernement : critiquer Lula n’empêche pas de redouter le retour du bolsonarisme.

Entre les deux tours, Lula gagne dix millions de voix supplémentaires, bien davantage que Flávio Bolsonaro. Dans le Nordeste, son bastion électoral, il renforce son soutien, dans le Sud-Est, il réduit son retard. La participation, elle aussi, progresse.

Ces voix lui donnent la victoire, mais l’obligent aussi : répondre aux attentes sociales face à un Congrès renforcé à droite. Ses responsabilités dépassent les frontières du pays. En Amazonie, Lula sera attendu sur la lutte contre la déforestation et la défense des peuples qui l’habitent. La forêt stocke d’immenses quantités de carbone et alimente les pluies en Amérique du Sud. Sa destruction aggrave le réchauffement climatique. Son avenir nous concerne jusqu’à Marseille, déjà confrontée aux sécheresses et aux chaleurs extrêmes.

Reste à gouverner ce Brésil, avec ses fractures et son goût de l’improbable. On pourrait y voir du réalisme magique, mais on connaît quelques-uns des artisans du prodige : des citoyens qui s’arrêtent pour parler à des inconnus, une fleur à la main.

Journaliste, Dani Legras nous livre son analyse de la présidentielle au Brésil, son pays.

Source La Marseillaise