Le chef d’orchestre a publié une longue tribune dans le quotidien israélien Haaretz.
À nouveau menacé de boycott en Belgique où il doit se produire en novembre prochain, Lahav Shani a décidé de prendre la parole dans une longue tribune publiée par le quotidien israélien Haaretz pour dénoncer la politique menée par le gouvernement du pays dont il est citoyen. « Toute ma vie, je me suis exprimé sans mots, par la musique. Selon moi, le pouvoir universel de la musique, qui nous rassemble tous, est plus puissant que tout discours. Mais la réalité à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés m’emplit de telles craintes qu’il me paraît nécessaire de prendre la parole », écrit le directeur musical de l’Orchestre philharmonique d’Israël, qui poursuit : « Dans cette période qui a lieu entre les commémorations du 7 octobre 2023 et les élections en Israël m’apparaît cette question : quelles valeurs humaines voulons-nous partager en tant que société ? »
« Reconnaître les Israéliens arabes »
Le chef d’orchestre né à Tel-Aviv souligne ensuite la responsabilité d’hommes politiques dans les attaques du 7 octobre et « les événements qui ont suivi » : « Il est tout simplement inacceptable qu’une personne qui souhaite rester au pouvoir se soustraie à son obligation de rendre des comptes au public », déclare le musicien. Lahav Shani ajoute par ailleurs qu’un dirigeant doit s’engager à représenter l’ensemble de la population du pays, ce qui impliquerait « de reconnaître les Israéliens arabes comme des citoyens égaux en droits » : « Je considère que le boycott généralisé des partis politiques arabes est honteux et motivé par des considérations racistes », assume-t-il.
Lahav Shani affirme également que les responsables politiques doivent prendre conscience que la sécurité des citoyens israéliens ne peut être assurée au détriment des civils palestiniens de la bande de Gaza, « en premier lieu des centaines de milliers d’enfants palestiniens qui n’ont pas choisi la terrible réalité qui est la leur aujourd’hui ». Rappelant que la compassion fait partie des valeurs du judaïsme, le chef d’orchestre assure que « sans compassion mutuelle, il n’y aura jamais de solution à ce conflit ». Il ajoute : « C’est cette même boussole morale qui devrait guider notre réaction face à la violence croissante des colons en Cisjordanie – une violence qui appelle une condamnation sans équivoque et une intervention pour y mettre fin ».
Banalisation de la violence
Après avoir ainsi critiqué le gouvernement israélien, Lahav Shani évoque la situation délicate des artistes de son pays, dénonçant certaines formes d’activisme politique qui nient l’existence même de l’État d’Israël : « Aux yeux de ces extrémistes, le seul fait d’être Israélien est un péché qui mérite châtiment », regrette le musicien, qui évoque le concert qu’il avait dirigé à la Philharmonie de Paris voilà un an. Parallèlement, il cite certains propos particulièrement choquants tenus par des responsables politiques israéliens et affirme comprendre l’indignation qu’ils suscitent à l’international, tout comme la situation en Cisjordanie. « Nous assistons depuis quelques années à une banalisation de la violence dans le débat public, à un mépris de la vie humaine et à une montée du racisme », dénonce le chef, qui évoque à nouveau les élections à venir, expliquant espérer la venue de « dirigeants à la hauteur de leur mission ».
Lahav Shani précise pour finir : « Je ne dis bien sûr pas tout cela en tant qu’homme politique, mais en tant que musicien – et avant tout en tant qu’être humain. Directeur musical de l’Orchestre philharmonique d’Israël, j’ai toujours été fier de l’histoire de celui-ci et de son héritage : un orchestre fondé dans les années 1930 pour sauver des réfugiés juifs d’Europe. […] Bien que l'orchestre soit une institution indépendante, il est considéré comme un représentant de la société israélienne sur la scène internationale. Et je suis fier non seulement de son extraordinaire talent artistique, mais aussi de son engagement en faveur de l'éducation et de la promotion des liens entre les différentes communautés au sein d'Israël, y compris avec la communauté arabe. » Et de conclure : « La musique n’a jamais mis fin à une guerre, mais elle nous apprend beaucoup sur l’humanité. »

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