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06 novembre 2026

Enjeux climatiques et élection présidentielle

 


Gérard Le Puill, l'Humanité

Le 6 novembre 2023, le Parti Communiste Français et la revue Progressiste publiaient le document  titré « Empreinte 2050 plan climat pour la France ». Comme aucun autre parti n’a produit un document de ce type, Fabien Roussel est le seul candidat à l’élection présidentielle ayant choisi de répondre à cet enjeu déterminant en ce XXIème siècle.

Nous sommes dans un moment où la campagne électorale pour élire un nouveau président de la République en mai 2027 se déroule dans une grande confusion. L’année 2026 a été marquée par de longues sécheresses, des incendies ravageurs, des tempêtes et des inondations dévastatrices. Elles font reculer notre souveraineté alimentaire tandis que les réparations coûtent de plus en plus cher et font croître le bilan carbone de l’économie du pays malgré une croissance atone. Se pose donc la question de savoir dans quelle mesure l’indispensable freinage du réchauffement climatique en cours sera évoqué d’ici le mois de mai 2027.

Le 25 octobre à Orléans, lors du congrès du Rassemblement National (RN), ni la candidate Marine Le Pen, ni son potentiel futur Premier ministre Jordan Bardella, n’ont évoqué le sujet dans leurs longs discours de près d’une heure chacun. A droite, d’Edouard Philippe à Bruno Retailleau, en passant par Gabriel Attal , les priorités se concentrent sur le recul des dépenses budgétaires avec une évolution des salaires et de pensions de retraite inférieure à la hausse des prix. Chez eux aussi, le freinage du réchauffement climatique en cours est occulté au terme d’une année 2026, qui donne à réfléchir 11 ans après la tenue de la Cop 21 à Paris en fin d’année 2015.

Comment diviser par 7 les émissions de CO2 d’ici 2050 ?

Dans ce contexte, relire en cette fin d’année 2026, le document de 118 pages publié le 6 novembre 2023 par le Parti Communiste Français et la revue « Progressistes », dirigée par Amar Bellal, nous donne à voir les enjeux et les solutions encore possibles pour réduire le bilan carbone de la France. La population française est égale à 0,8% de la population mondiale et les émissions de CO2 émises en France se situent entre 370 et 376 millions de tonnes d’équivalent CO2 par an. Cela correspond a environ 0,8 à 0,9% des émissions moyennes au niveau mondial. Mais ce chiffre est trompeur dans la mesure où les délocalisations de productions industrielles dans les pays à bas coûts de main d’œuvre font croître le bilan carbone des produits importés pour être consommé en France sans que leur bilan carbone ne soit attribué à notre pays. Pour prendre sa part dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre afin d’atteindre la neutralité carbone en 2050, la France doit diviser par 7,5 ses émissions de CO2 d’ici cette date.

Concernant l’agriculture, le document du PCF indique en page 36 que «le plan fait l’hypothèse d’une reproduction de la fertilité de la terre, basée sur l’incorporation d’effluents d’élevage accompagnant une augmentation des légumineuses céréalières». Car les légumineuses captent l’azote de l’air et le font transiter jusqu’à leurs racines pour en faire un fertilisant sans émettre du CO2. Le document indique que la généralisation d’une « telle mesure permettrait de réduire les émissions agricoles de 13 millions de tonnes de CO2 » par an. Il ajoute que « l’élevage doit être réintroduit dans les régions céréalières. Il peut s’agir d’une nouvelle production sur des exploitations de grandes cultures à l’image d’un poulailler où d’un élevage des petit ruminants en production complémentaire ».

Réintroduire progressivement de l’élevage dans les plaines céréalières qui entourent la région Ile-de-France et ses 12 millions de consommateurs revient à faire travailler la nature de manière intelligente. Cela permettrait, d’une part, de réduire le bilan carbone des viandes ainsi produites, en rapprochant la fourche de la fourchette et en produisant du fumier. Ce dernier est un fertilisant issu de la paille et des déjections animale dont les terres de la Beauce n’ont pas vu la couleur depuis des décennies. Cela les conduit à consommer de plus en plus d’engrais chimiques très émetteurs de CO2 pour tenter de maintenir les rendements.

Manger moins de viande, mais de bonne qualité

En page 37, un paragraphe titré « Manger sain et à sa faim » préconise de « manger moins de viande, mais de bonne qualité, et plus de fruits et légumes ». Nous observons une évolution inverse depuis des années du fait de la multiplication des accords de libre-échange entre l’Union européenne et des pays tiers comme le Canada, le Mercosur, l‘Australie et la Nouvelle Zélande. Ces viandes produites à moindre coût pour l’exportation arrivent en France et dans d’autres pays membres de l’Union européenne avec un bilan carbone désastreux, dont la déforestation dans les pays exportateurs, tandis que le maintien de la chaîne du froid pour le transport sur de longues distances accroît considérablement le bilan carbone de ces viandes importées. Mieux vaut donc consommer moins de viande et faire croître la consommation de protéines végétales issues des légumineuses et des céréales pour freiner le réchauffement climatique.

On se souvient que Fabien Roussel , candidat à l’élection présidentielle de 2022, fit l’objet de violentes critiques de la part de certains commentateurs pour avoir déclaré le 10 janvier de cette année-là que l’on pouvait en France consommer « une bonne viande, un bon fromage et un bon vin » à l’occasion d’un repas festif. Il reste que son parti est aujourd’hui le seul à avoir produit un document permettant de réduire sensiblement les émissions de CO2 en France. D’autant que des militants communistes et d’autres citoyens ont amélioré son contenu depuis en y ajoutant des amendements. Réunis au soir du 4 novembre à Malakoff, ceux du département des Hauts-de-Seine ont pu le constater. 

03 novembre 2026

Philippe Jaenada, lauréat du prix Goncourt avec « l’Inconnue du quai de Javel » , le prix Renaudot à François-Henri Désérable pour le Palais


Après le Médicis hier, remis à Philippe Vasset, Flammarion fait un doublé prestigieux avec un roman qui mêle l’enquête et l’autofiction. Une belle consécration pour un auteur très aimé du public, dont les livres se vendent bien en librairie. Le Renaudot revient à François-Henri Désérable pour le Palais, un livre sur le monde du vin.

Sophie Jouber, l'Humanité

Le Goncourt 2026, c’est un peu comme le foot (masculin) dans les années 1990, quand l’Allemagne écrasait systématiquement les autres équipes. Cette année, le suspense était limité, les quatre finalistes (Yannick Haenel, Philippe Jaenada, Clémentine Mélois et Sylvain Prudhomme) étant publiés dans des maisons appartenant au groupe Madrigall, propriété de la famille Gallimard. Même si on peut noter la disqualification des maisons du groupe Hachette (Fayard, Grasset, Stock…), propriété de Vincent Bolloré, une telle monochromie en dit long sur la concentration qui ronge le monde de l’édition.

Cela étant posé, la consécration de Philippe Jaenada, dont l’Inconnue du quai de Javel se vend bien en librairie (17 000 exemplaires les trois premières semaines), est une bonne nouvelle. Même si on avait un faible pour Sylvain Prudhomme (De l’autre côté du lac, Minuit), dont l’œuvre mérite d’être davantage mise en lumière. C’est aussi un beau doublé pour Flammarion, maison où Alix Penent d’Izarn, la directrice littéraire, a fait venir de nombreux poids lourds mais aussi des auteurs plus confidentiels et littéraires.

Transfuge de chez Julliard puis Mialet-Barrault – l’Inconnue du quai de Javel est dédié à Bernard Barrault, récemment décédé –, Philippe Jaenada creuse depuis une bonne dizaine d’années un sillon qui a fait son succès : des enquêtes sur des faits divers mêlées à l’autofiction, ce qui permet à ses lecteurs de partager son quotidien avec sa compagne, la peintre Anne-Catherine Fath, leur fils Ernest, les serveurs et les piliers de son bar préféré.

La condition des jeunes femmes de milieux populaires dans les années 1930 et 1940

Gros livre de plus de 500 pages, l’Inconnue du quai de Javel élucide le meurtre de Louise (ou Lise) Cansot, jeune Bretonne montée à Paris pour travailler comme bonne, retrouvée morte le 7 septembre 1949 à 1 h 30. Un temps modèle pour les peintres de Montparnasse, dont l’âge d’or est déjà terminé, figurante, mère d’une petite fille mise en nourrice, elle a vécu dans des meublés insalubres, à la merci des hommes qui payaient de temps en temps son loyer et l’emmenaient au restaurant.

Adossé à un époustouflant travail de documentation, avec l’aide de quelques archivistes opiniâtres, le roman reconstitue cet itinéraire à la fois singulier et typique de la condition des jeunes femmes de milieux populaires dans les années 1930 et 1940.

Il y a quelque chose de la performance dans ce livre où l’auteur et narrateur endosse les habits du commissaire Maigret, dont il s’est mis en tête de relire tous les livres, ce qui lui vaut quelques démêlés conjugaux avec son épouse, qu’il surnomme affectueusement Mme Fath, comme le commissaire appelait la sienne Mme Maigret. Autres temps, autres mœurs, il ne faut pas compter sur Anne-Catherine, qui apprend la trompette, pour se lancer sur commande dans la préparation d’une blanquette.

Suivant la méthode dite du « tapir enragé », Jaenada digresse, tire des fils, ouvre des portes sur moult personnages secondaires et suspects potentiels qui font grossir son texte, sans pour autant perdre le lecteur. On le voit souffler comme un bœuf en remontant à pied une rue de Tréguier, la ville bretonne d’où est originaire la victime, on déplore avec lui la disparition des pamplemousses jaunes, on déambule dans un Paris palimpseste où la géographie des quartiers populaires s’est déplacée.

Le Renaudot, fidèle à son ADN conservateur

Dans ce beau roman du temps qui passe – même si Jaenada refuse la nostalgie –, on croise quelques fantômes ou indices qui renvoient à de précédents livres, un clin d’œil à Kaky, la jeune femme de La désinvolture est une bien belle chose, un inspecteur de police échappé de la Petite Femelle, sur l’affaire Pauline Dubuisson.

Les fans connaissent la légende Jaenada, son tempérament casanier, son enfermement volontaire, l’année de ses 25 ans, dans son appartement pendant un an et dix-sept jours, les petits boulots, notamment comme journaliste à Voici, qui lui ont permis de vivre avant le succès. Couronné par le prix Alexandre Vialatte pour son premier roman, le Chameau sauvage, il a reçu le Femina en 2017 pour la Serpe, un roman autour d’Henri Girard, alias Georges Arnaud, l’auteur du Salaire de la peur, accusé d’un triple meurtre en 1941.

Fidèle à son ADN conservateur, le jury Renaudot récompense François-Henri Désérable pour le Palais, épopée œnologique née d’un engouement récent de l’auteur pour les grands vins. Dans la catégorie essai, Christophe Ono-dit-Biot (directeur adjoint de la rédaction du Point), pour l’Odyssée de l’Odyssée (Grasset), et Jean-Paul Enthoven, pour son Dictionnaire amoureux du bonheur (Plon), sont distingués.

Côté poche, le prix revient à Complètement à l’Est (Perrin), recueil de récits et reportages de Jean-Christophe Buisson, directeur adjoint du Figaro Magazine. Pas de tromperie sur la marchandise. Pour rééquilibrer un palmarès jusque-là très masculin, il serait judicieux que les jurées du Femina élisent demain une autrice (Lucie Rico, Emma Marsantes, Élise Lespade). À moins qu’elles préfèrent rattraper Yannick Haenel et son roman qui tombe à pic, La solitude des professeurs est infinie, grand perdant du Goncourt.

30 octobre 2026

Cuba et la majorité du monde tiennent tête aux États-Unis

 


Les 27 et 28 octobre se tenait comme chaque année depuis 1992 à l’ONU le débat sur le blocus des États-Unis contre Cuba. Depuis son retour au pouvoir en 2025, l’administration Trump a fait de ce vote un enjeu diplomatique majeur. Par les pressions, le chantage ou la menace envers tous les pays représentés, l’objectif impérialiste a été de faire perdre la majorité mondiale favorable à Cuba. Raté. En prime, la diplomatie cubaine est fermement intervenue cette année pour faire cesser les mensonges à la tribune venant du représentant des États-Unis.

Le monde a, pour la 34e année consécutive, rejeté massivement le blocus contre Cuba. Dans un contexte de renforcement sans précédent du blocus, doublé depuis janvier 2026 d’un siège naval empêchant les livraisons de combustible, le pays est violemment impacté. Asphyxie économique, financière et énergétique, le gouvernement des États-Unis cherche ainsi à détruire les services publics essentiels et à affamer le peuple cubain. Ne sachant plus comment faire pour casser une révolution qui demeure défendue et soutenue par la population, Washington met tout en œuvre pour porter le plus de coups possibles à la population cubaine.

Ce blocus renforcé coupe l’électricité, l’eau, ou encore l’accès aux médicaments des Cubains. Il a entraîné la multiplication par deux du taux de mortalité infantile, a fait baisser les taux de guérison des malades du cancer. Le blocus tue tous les jours des enfants, des personnes malades, et des personnes vulnérables. Cette politique génocidaire a été rejetée ce 28 octobre par 130 pays, dont la France, et soutenue par 17 pays réunis autour des États-Unis (25 abstentions et 19 pays n’ayant pas pris part au vote). Preuve que la grande majorité mondiale est consciente du caractère immoral et illégal de cette politique dirigée contre Cuba et son peuple.

Mais ce type de politique unilatérale exercée par la première puissance du monde pèse aussi comme une épée de Damoclès au-dessus de chaque nation. La majorité des pays en est consciente. Le Parti communiste français, dont on connaît le poids en France sur la question, a tenu à rappeler dans une déclaration, suite au vote, que « l’extraterritorialité des lois iniques des USA fait que ce blocus est également une attaque contre la souveraineté des peuples, y compris le peuple français ».

Pressions, chantages et menaces des USA

Ce débat à l’Assemblée des Nations unies est donc suivi d’un vote non contraignant mais politiquement très important pour Cuba et éclairant sur les rapports de forces internationaux. Nous pouvons identifier trois catégories de pays lors de ce vote. Ceux, très dépendants des États-Unis, qui votent presque systématiquement comme ces derniers (Israël, Ukraine, Paraguay, Macédoine du Nord ou encore, bien que plus récemment, le Maroc). Le second groupe correspond aux pays ayant connu une alternance politique récente, avec l’arrivée d’un nouveau pouvoir plus favorable aux États-Unis, ce qui explique une évolution du vote : Chili, Colombie, Pérou, Bolivie, Équateur notamment.

La troisième catégorie, la plus importante, qui votait historiquement en faveur de Cuba mais qui, depuis le retour au pouvoir de D. Trump, a progressivement fait évoluer ses votes, en passant du « Pour » à une abstention le plus souvent ou, de plus en plus, à un « non-vote ».

Le bilan de l’administration Trump-Rubio, d’un impérialisme extrêmement agressif, se reflète particulièrement dans cette troisième catégorie. Italie, Allemagne, Pays-Bas, pays baltes, Jamaïque, République dominicaine, Haïti, Honduras, Guyana… Ces pays votaient « pour » jusqu’en 2024 ou 2025 mais ont, cette année, opté pour un autre choix, plus favorable à Washington. La plupart de ces pays se trouvent en Europe ou en Amérique latine mais l’on retrouve quelques pays africains comme la Côte d’Ivoire ou la Somalie et plusieurs pays asiatiques comme la Syrie, le Tadjikistan, la Corée du Sud ou encore l’Arménie. Ce tableau des votes dessine ainsi une carte du monde de l’influence impérialiste des États-Unis.

Face à face entre Cuba et les États-Unis

Lors du discours à la tribune, le représentant des États-Unis, Mike Waltz, a tenté de justifier la politique états-unienne en ayant recours, dans la pure tradition rhétorique trumpiste, à des mensonges, des diffamations et des provocations envers la Révolution cubaine et le gouvernement cubain. Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a sollicité l’application du règlement onusien pour s’exprimer en urgence afin d’appeler au respect des usages de la diplomatie.

Le président de séance ne donnant pas suite à la requête de Cuba, pourtant conforme au règlement onusien, la délégation cubaine est descendue jusqu’à la tribune. Les diplomates cubains ont demandé au président le respect des règlements de l’ONU (ce qu’il fera ensuite). La situation a créé un face-à-face très rapproché et saisissant avec le représentant de l’impérialisme qui a alors hurlé des « reculez ! » ou encore «  c’est l’Amérique ici ! ». Les diplomates cubains sont restés droits, à l’image de leur peuple, déterminés à faire respecter son indépendance et sa dignité. Et ils ont répondu « nous ne reculerons pas ».

Source Liberté Actus 

28 octobre 2026

Législatives en Israël, « une question de vie ou de mort » Ofer Cassif, député communiste israélien réélu

 


7,3
 millions d’Israéliens ont été appelés aux urnes pour élire les 120 députés de la Knesset. Ce scrutin, en un seul tour, est présenté comme un référendum pour ou contre Benjamin Netanyahu, le Premier ministre sortant. Ce dernier est donné au coude-à-coude avec le camp formé autour de son principal rival, le centriste de droite Gadi Eisenkot, ancien chef d’État-major. La Liste arabe unie, composée du parti communiste Hadash, le parti laïc Taal et du parti nationaliste Balad, peut faire pencher la majorité d’un côté ou de l’autre et ainsi empêcher Netanyahu de former un gouvernement.

Source La Marseillaise : Comment s’est déroulée cette campagne durant laquelle on a tenté de vous mettre hors de course ?

Ofer Cassif : Personne ne peut savoir quels seront les résultats, mais nous sommes optimistes. Nous avons fait de notre mieux, en parcourant le pays de long en large. Nous espérons que nombreux seront ceux qui iront voter pour la Liste commune, tant au sein de la population arabe que de la population juive démocratique. Tout le monde comprend que nous sommes à un carrefour, qu’il ne s’agit en réalité pas d’un carrefour en X mais en E : soit nous allons droit en enfer, soit nous commençons le changement. Nous en avons vraiment besoin, c’est plus urgent que jamais. Les fascistes et leurs collaborateurs ont tenté de nous empêcher de nous présenter. Nous n’abandonnons jamais. Nous poursuivons notre combat, la justice est de notre côté, nous continuons à lutter contre le fascisme et le racisme.

« Aller droit en enfer », c’est maintenir Netanyahu au pouvoir ?

O.C. : Un gouvernement dirigé par Netanyahu, poursuivra l’extermination du peuple palestinien. Au moment où l’on se parle, le génocide continue à Gaza, le nettoyage ethnique en Cisjordanie s’aggrave d’heure en heure. Et, avec cela, la persécution au sein même d’Israël, des citoyens palestiniens et, plus généralement, de ceux qui font entendre une voix alternative et critique à l’égard du gouvernement. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour nous interdire d’agir, pour nous réduire au silence. Il est donc évident que s’ils reprennent le pouvoir, ils achèveront leur œuvre, pour ainsi dire. Cela signifie un nettoyage ethnique total et l’extermination des Palestiniens, y compris au sein de l’État souverain d’Israël. Je n’exagère pas quand je dis que c’est une question de vie ou de mort. De toute évidence, nous avons besoin d’un changement de toute urgence. Le prochain gouvernement, même s’il est dirigé par Gadi Eisenkot, ne mettra pas fin à l’occupation, aux guerres et à la colonisation de la Syrie ou du Liban. Mais si nous sommes assez forts et que nous parvenons à exercer davantage de pression, alors il est certain que certains crimes vont cesser. Commençons par mettre fin au génocide à Gaza, par nous retirer de là-bas et démanteler les nids du terrorisme, à savoir les soi-disant « avant-postes ». Et bien sûr, mettre fin à l’assaut fasciste contre la société israélienne sur le plan intérieur. Ces mesures, le prochain gouvernement, s’il n’est pas dirigé par Netanyahu, pourrait les prendre.

Le président américain Donald Trump lui a apporté son soutien.

O.C. : Je trouve tout à fait normal qu’une merde trouve une autre merde à son goût (sic). Il a soutenu Milei, il a soutenu Bolsonaro, il a soutenu Orbán. Il a toujours soutenu la lie de l’humanité. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’il le fasse encore une fois.

Le coût de la vie est également l’un des enjeux de ce scrutin ?

O.C. : Le coût de la vie en Israël est extrêmement élevé. Les prix des biens de première nécessité comme l’alimentation, le logement, l’éducation et les soins de santé, sont sans commune mesure avec ceux de la plupart des autres pays de l’OCDE, et même de certains qui n’en font pas partie. Cela inquiète beaucoup la population. Alors, pourquoi les gens en Israël, contrairement à ce qui se passe actuellement en Espagne, en France, et ailleurs, ne descendent-ils pas dans la rue ? Parce qu’ils sont totalement absorbés par les soi-disant questions de sécurité, du danger venant du Hamas et du Hezbollah. C’est l’une des raisons pour lesquelles ce gouvernement, qui a toujours servi les capitalistes et les classes dirigeantes, souhaite entretenir cette situation de peur, de rage et de frustration, car cela détourne l’attention des masses des questions de classe liées au coût de la vie. Et ce, afin de la recentrer sur la survie élémentaire face au risque réel, telle que définit par le gouvernement et la plupart des partis d’opposition, à savoir les Palestiniens et les pays arabes voisins.

Le système éducatif aussi esten déclin. Comment l’expliquer ?

O.C. : Le système éducatif n’existe littéralement pas. C’est une combinaison de deux choses. Tout d’abord, dans la pratique, même si ce n’est pas toujours légal, les parents payent de plus en plus cher pour l’éducation de leurs enfants dès leur plus jeune âge. L’autre, c’est que l’État, s’implique de plus en plus dans le contenu de l’enseignement. Au lieu de rendre les jeunes Israéliens plus ouverts d’esprit et plus sceptiques, on leur fait un lavage de cerveau avec des absurdités nationalistes, racistes et colonialistes.

 Les jeunes Israéliens d’aujourd’hui comptent parmi les plus ignorants du soi-disant « monde occidental ». Ce n’était pas comme ça il y a 30 ans ou 40 ans. C’est beaucoup plus facile pour un dictateur de gouverner ses sujets s’ils sont ignorants.


27 octobre 2026

Point de vue de la journaliste Brésilienne Dani Legras : Lula, la victoire du sursaut


Il est cinq heures du matin à Marseille lorsque j’apprends la réélection de Lula. Depuis le retour de la présidentielle au suffrage direct, en 1989, jamais un candidat arrivé deuxième au premier tour n’avait remporté le second. 

Je dois l’avouer : je respire un peu mieux.

À l’issue du premier tour, Luiz Inácio Lula da Silva, habitué aux renaissances comme aux revers, doit retrouver le chemin des électeurs. Sa campagne semble trop compter sur son bilan. Flávio Bolsonaro, lui, s’appuie sur l’héritage familial et deux préoccupations majeures : l’insécurité, qui pèse sur le quotidien, et le coût de la vie, qui éprouve les budgets. Lui-même évangélique, il sait parler à cet électorat devenu central.

Entre les deux tours, la mobilisation populaire gagne la rue. D’abord tétanisés par un possible retour de l’extrême droite, des citoyens agissent sans attendre les consignes du Parti des travailleurs. Étudiants, artistes et supporters de football se retrouvent dans les rassemblements. L’élan se nourrit aussi de rencontres minuscules. Dans un reportage de la revue Piauí, un couple propose aux passants une minute de conversation ; d’autres offrent une fleur pour engager la discussion. « Ce que la vie nous demande, c’est du courage », écrit Guimarães Rosa dans Grande Sertão : Veredas. Ils semblent l’avoir pris au mot.

Sur WhatsApp, le député André Janones donne à cette mobilisation un puissant relais. Téléphone à la main, Lula appelle à convaincre autour de soi. Chacun contribue avec ses mots, ses proches, le temps dont il dispose.

La campagne revient au quotidien : préserver le pouvoir d’achat, travailler moins sans perdre de salaire, protéger les droits sociaux. Et défendre la démocratie.

Selon le politologue André Singer, ce changement s’amorce dès septembre. L’entre-deux-tours l’amplifie et élargit le rassemblement aux déçus du gouvernement : critiquer Lula n’empêche pas de redouter le retour du bolsonarisme.

Entre les deux tours, Lula gagne dix millions de voix supplémentaires, bien davantage que Flávio Bolsonaro. Dans le Nordeste, son bastion électoral, il renforce son soutien, dans le Sud-Est, il réduit son retard. La participation, elle aussi, progresse.

Ces voix lui donnent la victoire, mais l’obligent aussi : répondre aux attentes sociales face à un Congrès renforcé à droite. Ses responsabilités dépassent les frontières du pays. En Amazonie, Lula sera attendu sur la lutte contre la déforestation et la défense des peuples qui l’habitent. La forêt stocke d’immenses quantités de carbone et alimente les pluies en Amérique du Sud. Sa destruction aggrave le réchauffement climatique. Son avenir nous concerne jusqu’à Marseille, déjà confrontée aux sécheresses et aux chaleurs extrêmes.

Reste à gouverner ce Brésil, avec ses fractures et son goût de l’improbable. On pourrait y voir du réalisme magique, mais on connaît quelques-uns des artisans du prodige : des citoyens qui s’arrêtent pour parler à des inconnus, une fleur à la main.

Journaliste, Dani Legras nous livre son analyse de la présidentielle au Brésil, son pays.

Source La Marseillaise 

 

24 octobre 2026

En Italie, la rue fait le lien entre guerre et vie chère


Livio Tedeschi pour Liberté Actus

Depuis une dizaine de jours, l’Italie est traversée par une vague de colère contre la vie chère et la marche vers la guerre. Routiers et agriculteurs bloquent le Sud, la jeunesse descend dans la rue au Nord et la CGIL, premier syndicat d’Italie, appelle à la grève générale le 20 novembre.

Le gouvernement de Giorgia Meloni répond par un nouveau tour de vis sécuritaire et déploie 500 soldats à Milan. Mais, les mobilisations rappellent que le droit de manifester ne se décrète pas : il se défend.

Du détroit d’Ormuz aux rayons vides de Naples

À l’origine de la colère, il y a une guerre lointaine aux effets très concrets. Le conflit en Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz ont fait flamber les prix du pétrole, du gaz et du diesel. Le litre de gazole avoisine désormais 2,30 euros en moyenne, soit une hausse d’environ 40 % en un an. Dans la zone euro, l’inflation est remontée à 3,8 % en septembre.

Les premiers à se lever ont été les transporteurs routiers et les agriculteurs du Mezzogiorno, à la mi-octobre. Barrages sur les routes et dans les ports autour de Naples et de Bari, blocage d’une raffinerie dans les Pouilles : en quelques jours, les supermarchés de Sicile, de Calabre, des Pouilles, du Molise et de Basilicate ont vu leurs rayons se vider. Le fabricant de pâtes Rummo a même suspendu sa production faute de blé dur, des aéroports calabrais ont manqué de kérosène et des écoles ont fermé faute de transport scolaire. Le mouvement gagne désormais les pêcheurs du nord de l’Adriatique.

Au Nord, c’est la jeunesse qui, à l’image des lycéens français, a pris la rue. Le week-end des 17 et 18 octobre, des dizaines de milliers de jeunes ont défilé à Milan, Turin et Bologne. En marge des cortèges, des affrontements et des pillages ont éclaté dans le centre de Milan. Mais derrière les images de vitrines brisées qui tournent en boucle dans les médias transalpins, les chiffres dessinent une génération sans perspective. En août 2026, le chômage des moins de 25 ans atteignait 20,3 % selon l’Istat, et 15,2 % des 15-29 ans ne sont ni en emploi ni en formation, le deuxième taux le plus élevé de l’Union européenne. En 2024, 156 000 Italiens ont quitté leur pays, 36,5 % de plus qu’un an auparavant. Surtout, à la mi-2026, le salaire réel par tête reste en Italie inférieur à son niveau d’il y a quatre ans, quand l’Espagne ou l’Allemagne ont déjà dépassé le leur.

Ce que nous dit le tour de vis de Meloni sur la situation italienne

Face à cette contestation, le gouvernement de Giorgia Meloni a choisi la répression, mais de façon calculée. Le 20 octobre, un décret-loi a créé un délit de « participation violente à une manifestation », étendu la garde à vue préventive aux mineurs et présumé leur discernement dès 14 ans. Le même jour, l’exécutif annonçait le déploiement de 500 militaires à Milan jusqu’au 31 décembre.

Ce durcissement bute pourtant sur des limites que le pouvoir lui-même ne peut ignorer. Le ministre de la Défense réclamait pour les soldats des pouvoirs de police judiciaire : le Conseil des ministres les lui a refusés. Des militaires menottant des manifestants dans les rues de Milan, l’image aurait été politiquement intenable pour un gouvernement qui tient à passer pour une exemplaire démocratie européenne. Giorgia Meloni a d’ailleurs dû rappeler elle-même : « Manifester est un droit. Ravager nos villes ne l’est pas. » Que la dirigeante d’un parti né dans l’héritage du fascisme soit contrainte de proclamer ce droit en dit long. Il ne s’agit pas d’une concession, c’est la marque d’un rapport de force.

Ce rapport de force, ce sont les syndicats et certains partis qui le construisent. Le 17 octobre, à Rome, la manifestation de « La Via Maestra », qui réunit autour de la CGIL plus d’une centaine d’associations laïques et catholiques, a rassemblé près de 100 000 personnes sous les mots d’ordre du travail, de la paix, de la protection sociale et de la Constitution.

Il serait pourtant réducteur de lire ces mobilisations comme un front anti-Meloni. Ce que dénoncent les cortèges, c’est le coût de la guerre et du réarmement. C’est sans doute là que se situe l’enjeu véritable. L’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, en 2022, n’a pas produit la rupture spectaculaire que beaucoup redoutaient. Giorgia Meloni s’est coulée dans le jeu européen, a tenu les comptes publics et s’est rangée sans hésitation derrière l’Ukraine. Le péril tient moins à un basculement brutal qu’à une pente plus discrète, partagée bien au-delà de Rome, celle d’un continent qui s’habitue peu à peu à l’économie de guerre.

Si le gouvernement peut dénoncer des casseurs, il peut difficilement criminaliser les travailleurs en lutte, à commencer par ceux qui bloquent le Sud du pays. Agriculteurs, transporteurs, artisans : ceux qui bloquent les routes forment une part importante de l’électorat traditionnel de la droite italienne, et réprimer sa propre base coûte bien plus cher que de condamner une poignée d’émeutiers. Plutôt que la matraque, le ministre des Transports Matteo Salvini a donc sorti le chéquier, avec 480 millions d’euros promis aux routiers en plus du milliard déjà mobilisé. À quelques mois des élections de 2027, et après avoir perdu en mars le référendum sur sa réforme de la magistrature, Meloni ne peut se permettre d’affronter de face un pays qui se lève.

Manifester sous un gouvernement d’extrême droite reste donc possible en Italie. Non par la grâce d’un pouvoir qui s’approprie la notion de liberté à tout va, mais parce que travailleurs, syndicats et associations occupent l’espace public assez massivement pour que toute tentation de le confisquer ait un prix politique. La République italienne, née de la Résistance, se défend aujourd’hui comme elle s’est conquise : dans la rue. Prochain rendez-vous, le 20 novembre.

Le chef d'orchestre Israélien Lahav Shani critique les dirigeants politiques de son pays. Il considère que le boycott généralisé des partis politiques arabes est honteux et motivé par des considérations racistes


 Le chef d’orchestre a publié une longue tribune dans le quotidien israélien Haaretz.

À nouveau menacé de boycott en Belgique où il doit se produire en novembre prochain, Lahav Shani a décidé de prendre la parole dans une longue tribune publiée par le quotidien israélien Haaretz pour dénoncer la politique menée par le gouvernement du pays dont il est citoyen. « Toute ma vie, je me suis exprimé sans mots, par la musique. Selon moi, le pouvoir universel de la musique, qui nous rassemble tous, est plus puissant que tout discours. Mais la réalité à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés m’emplit de telles craintes qu’il me paraît nécessaire de prendre la parole », écrit le directeur musical de l’Orchestre philharmonique d’Israël, qui poursuit : « Dans cette période qui a lieu entre les commémorations du 7 octobre 2023 et les élections en Israël m’apparaît cette question : quelles valeurs humaines voulons-nous partager en tant que société ? »

« Reconnaître les Israéliens arabes »

Le chef d’orchestre né à Tel-Aviv souligne ensuite la responsabilité d’hommes politiques dans les attaques du 7 octobre et « les événements qui ont suivi » : « Il est tout simplement inacceptable qu’une personne qui souhaite rester au pouvoir se soustraie à son obligation de rendre des comptes au public », déclare le musicien. Lahav Shani ajoute par ailleurs qu’un dirigeant doit s’engager à représenter l’ensemble de la population du pays, ce qui impliquerait « de reconnaître les Israéliens arabes comme des citoyens égaux en droits » : « Je considère que le boycott généralisé des partis politiques arabes est honteux et motivé par des considérations racistes », assume-t-il.

Lahav Shani affirme également que les responsables politiques doivent prendre conscience que la sécurité des citoyens israéliens ne peut être assurée au détriment des civils palestiniens de la bande de Gaza, « en premier lieu des centaines de milliers d’enfants palestiniens qui n’ont pas choisi la terrible réalité qui est la leur aujourd’hui ». Rappelant que la compassion fait partie des valeurs du judaïsme, le chef d’orchestre assure que « sans compassion mutuelle, il n’y aura jamais de solution à ce conflit ». Il ajoute : « C’est cette même boussole morale qui devrait guider notre réaction face à la violence croissante des colons en Cisjordanie – une violence qui appelle une condamnation sans équivoque et une intervention pour y mettre fin ».

Banalisation de la violence

Après avoir ainsi critiqué le gouvernement israélien, Lahav Shani évoque la situation délicate des artistes de son pays, dénonçant certaines formes d’activisme politique qui nient l’existence même de l’État d’Israël : « Aux yeux de ces extrémistes, le seul fait d’être Israélien est un péché qui mérite châtiment », regrette le musicien, qui évoque le concert qu’il avait dirigé à la Philharmonie de Paris voilà un an. Parallèlement, il cite certains propos particulièrement choquants tenus par des responsables politiques israéliens et affirme comprendre l’indignation qu’ils suscitent à l’international, tout comme la situation en Cisjordanie. « Nous assistons depuis quelques années à une banalisation de la violence dans le débat public, à un mépris de la vie humaine et à une montée du racisme », dénonce le chef, qui évoque à nouveau les élections à venir, expliquant espérer la venue de « dirigeants à la hauteur de leur mission ».

Lahav Shani précise pour finir : « Je ne dis bien sûr pas tout cela en tant qu’homme politique, mais en tant que musicien – et avant tout en tant qu’être humain. Directeur musical de l’Orchestre philharmonique d’Israël, j’ai toujours été fier de l’histoire de celui-ci et de son héritage : un orchestre fondé dans les années 1930 pour sauver des réfugiés juifs d’Europe. […] Bien que l'orchestre soit une institution indépendante, il est considéré comme un représentant de la société israélienne sur la scène internationale. Et je suis fier non seulement de son extraordinaire talent artistique, mais aussi de son engagement en faveur de l'éducation et de la promotion des liens entre les différentes communautés au sein d'Israël, y compris avec la communauté arabe. » Et de conclure : « La musique n’a jamais mis fin à une guerre, mais elle nous apprend beaucoup sur l’humanité. »

Source Diapason 

22 octobre 2026

22 octobre 1936 : des antifascistes du monde entier rejoignent l'Espagne pour former les Brigades internationales

 


Il y a quatre-vingt-dix ans, le 22 octobre 1936, le gouvernement espagnol publiait le décret de constitution des Brigades internationales alors que la guerre contre les franquistes faisait rage. Ces femmes et ces hommes accourus du monde entier pour défendre le Front populaire, la République et la démocratie face à la menace fasciste ont signé l’une des belles pages de la solidarité internationaliste.

En cette année 1936, le 8, rue Mathurin-Moreau, dans le 19e arrondissement de Paris, est un épicentre social et politique majeur. On y trouve l’annexe de la Maison des syndicats et le Secours rouge international. Ce lieu est également le centre névralgique de la solidarité française et internationale avec l’Espagne républicaine. Des femmes mais surtout de jeunes gens s’y pressent pour se porter volontaires. Dans leur grande majorité, ils sont politisés et ont activement participé à la victoire du Front populaire, ainsi qu’aux grandes grèves qui ont permis d’arracher des conquis sociaux d’une portée inédite.

L’été des premiers congés payés n’est pourtant pas à la fête. Le « Frente popular » espagnol, issu des urnes le 16 février 1936, et la Seconde République, proclamée cinq ans plus tôt, sont en danger. Le 17 juillet, un putsch militaire parti du Maroc s’étend à la Péninsule le lendemain. À sa tête, des généraux félons dont Francisco Franco Bahamonde, exilé dans une caserne aux Canaries après s’être tristement illustré en 1934 en ordonnant une sanglante répression contre les mineurs grévistes des Asturies.

Ces hauts gradés incarnent la vieille garde ultra-réactionnaire ; ils sont vent debout contre la laïcisation de l’école et de la société, les droits des femmes, les réformes agraires, sociales et sociétales, la reconnaissance officielle des identités culturelles et politiques. Dans une Europe où grondent déjà le nazisme en Allemagne et le fascisme en Italie, le soulèvement des « nationalistes » est une menace pour la démocratie mondiale. Ces femmes et ces hommes antifascistes sont convaincus que, sauver la République espagnole, c’est empêcher que le monde ne bascule dans la barbarie.

« Des canons et des armes pour l’Espagne »

Le 8, rue Mathurin-Moreau devient donc la plaque tournante d’une solidarité internationale inégalée. Des volontaires français, des ouvriers communistes, syndicalistes de la CGTU, mais aussi des anarchistes, des républicains se joignent à des intellectuels, des écrivains et des paysans originaires de Pologne, d’Allemagne, de Hongrie, ainsi que de terres plus lointaines comme Cuba, les États-Unis ou encore le Canada. Les gares parisiennes donnent lieu à de poignantes scènes d’adieu.

Ces premiers volontaires rejoignent ceux qui sont déjà aux avant-postes. En juillet 1936, Barcelone doit accueillir les Spartakiades, des olympiades populaires en réaction aux jeux Olympiques de Berlin. La compétition ne verra jamais le jour. Les sportifs s’engagent auprès des combattants espagnols et des étrangers exilés en Espagne, contraints de fuir leurs pays tombés sous le joug de régimes répressifs et antisémites.

Début août 1936, malgré la gravité du moment, le gouvernement français du Front populaire, dirigé par le socialiste Léon Blum, fait le choix de la « non-intervention ». L’exécutif conservateur de l’Angleterre fait le même choix, avec en tête la défense de ses intérêts économiques dans le secteur minier espagnol.

Hitler et Mussolini, eux, arment à tout va les factieux et expédient sur place quelque 75 000 hommes pour mater la République. Parmi eux, les pilotes de la sinistre légion Condor de l’Allemagne nazie, qui s’illustrera en rasant la ville de Guernica en 1937. Une barbarie que le peintre Picasso immortalisera dans son célèbre tableau. La « non-intervention » provoque une onde de choc. Les démocrates et les révolutionnaires vilipendent cette trahison, alors même que les nationalistes avancent dangereusement vers Madrid.

À Paris, le 8 septembre 1936, le Vélodrome d’Hiver vibre sous la puissance des mots de la dirigeante communiste Dolores Ibarruri. La « Pasionaria » exige « des canons et des armes pour l’Espagne ». Les listes de volontaires dans les rangs des organisations politiques et syndicales, en particulier du PCF et de la CGTU, ne cessent de s’allonger. Le mouvement prend une telle ampleur que les dirigeants de l’époque sont dépassés par l’événement.

Le leurre de la non-intervention

« Les partis communistes ne purent se satisfaire des consignes de prudence distillées par l’Internationale communiste, tandis que l’URSS se plaçait dans le giron franco-britannique de la non-intervention, espérant en retour obtenir la formation d’une alliance stratégique contre Hitler. Parmi les militants communistes comme à la CGT mais aussi dans les rangs socialistes, beaucoup souhaitent partir combattre. Certains s’affranchirent des consignes, comme les métallos parisiens français et espagnols réunis dans la centurie Commune de Paris », rappelle l’historien Édouard Sill1.

Le secrétaire général du PCF, Maurice Thorez, va plaider la cause des miliciens espagnols et des volontaires internationaux à Moscou. Le 18 septembre 1936, l’Internationale communiste donne son feu vert aux partis communistes afin d’organiser des colonnes de volontaires. « La non-intervention s’est révélée un leurre, car Mussolini et Hitler interviennent massivement. La guerre d’Espagne peut à tout moment basculer en un conflit européen ; le combat commence ici, ils ne doivent pas passer. La Grande-Bretagne et la France choisissent l’apaisement, tandis que l’URSS vend clandestinement à la République les armes dont elle a besoin pour se défendre et envoie des conseillers et des techniciens », résume l’historien.

La solidarité s’amplifie. L’écrivain et prix Goncourt André Malraux recrute à son compte des pilotes pour former l’escadrille España. Une poignée de personnalités – Pierre Cot, Jean Moulin et Gaston Cusin – bravent les interdits en faisant livrer des armes à Madrid. La compagnie maritime France Navigation, fondée par des militants communistes, instaure des navettes reliant l’URSS à l’Espagne pour acheminer tanks et avions au camp républicain.

« À la fin du mois d’octobre 1936, 5 000 étrangers, hommes et femmes, ont déjà rejoint Albacete, lieu de constitution de la colonne internationale. Ce sont en grande majorité des Français et des immigrés venus de France. Ils sont réunis dans les bataillons Edgar André, Commune de Paris, Dombrowski et Garibaldi, mais l’afflux est tel qu’on doit bientôt en créer d’autres : Louise Michel, Henri Barbusse, Ernst Thälmann, etc. », précise encore Édouard Sill.

Une des plus incroyables histoires de la solidarité internationale

On dénombre entre 32 000 à 35 000 volontaires de plus de 50 nationalités, répartis en plusieurs brigades. Les Français constituent le plus fort contingent – entre 8 000 et 10 000 personnes – au sein de la 14e brigade, dite la Marseillaise. À sa tête, il y a Jules Dumont, qui sera fusillé par les nazis en 1943, Boris Guimpel, Jean Hemmen, lui aussi fusillé, en 1942, Putz, qui sera tué en Alsace, en janvier 1945, et Henri Tanguy, qui empruntera le nom de Rol à l’un de ses camarades mort en Espagne. Il jouera un rôle de premier plan dans la libération de Paris.

Après une formation militaire sommaire, les volontaires de la liberté sont envoyés sur le front, où les hommes qui ont participé à la Première Guerre mondiale sont un précieux atout pour une armée républicaine souffrant d’un manque cruel de cadres.

On retrouve les brigadistes sur tous les fronts : en Andalousie, au Jarama, à Teruel et à Madrid. Dans la capitale, leur concours sera déterminant pour repousser les assauts des nationalistes. Ils font montre d’un incroyable héroïsme : les batailles sont d’une violence inouïe comme à Guadalajara, Brunete, Belchite ou encore Teruel. Le conflit s’enlise tandis que les franquistes surarmés ne cessent de gagner du terrain. Au printemps 1938, leur offensive en Aragon est terrible. Le front de l’Ebre devient le théâtre d’atroces affrontements à l’automne, laissant présager le pire.

Le 21 septembre 1938, le chef du gouvernement espagnol, Juan Negrin, décide de mettre fin aux Brigades internationales, croyant que Hitler et Mussolini feront de même avec leurs troupes. Grossière erreur. Le 28 octobre, Barcelone organise d’émouvants adieux aux brigadistes, qui ont, sans même le savoir, écrit l’une des plus incroyables histoires de la solidarité internationale.

Dans la capitale catalane, la Pasionaria livre un discours bouleversant : « Quand les années passeront et que les blessures de la guerre commenceront à cicatriser ; quand le souvenir des jours douloureux et sanglants s’estompera en un présent de liberté, de paix et de bien-être. (…) Parlez à vos enfants, parlez-leur de ces hommes des Brigades internationales », (…) qui, « traversant mers et montagnes, franchissant des frontières hérissées de baïonnettes, épiés par des chiens enragés, avides de déchirer leurs chairs de leurs crocs, sont arrivés » en Espagne « pour combattre et mourir pour la liberté et l’indépendance » de ce pays « menacé par le fascisme allemand et italien ».

Une histoire peu à peu effacée

Leur sacrifice fut immense. Un Français sur quatre n’est jamais revenu d’Espagne. Les survivants repartent l’âme en peine, convaincus – à juste titre – que cette guerre n’était que le prélude d’une déflagration mondiale. Certains parviennent à regagner leur pays d’origine. D’autres, dont l’accès à leur pays leur est interdit, seront internés dans les camps du sud de la France, voire, plus tard, déportés vers les camps d’extermination.

Une majorité d’entre eux s’engagent dans la Résistance contre l’occupant nazi durant la Seconde Guerre mondiale. En 1944, les chars de la 2e DB qui entrent dans Paris libérée portent les noms des grandes batailles de l’Espagne. Des années plus tard encore, en Tchécoslovaquie ou en URSS, des volontaires souffriront dans leur chair des procès staliniens tandis qu’aux États-Unis ils figureront parmi les victimes du maccarthysme. Nombre de Français, estropiés ou invalides, ne pourront jamais prétendre à des compensations financières ; les autorités se refusent à reconnaître leur action au sein de l’armée républicaine espagnole.

L’histoire des Brigades internationales a été peu à peu effacée, malgré les efforts de l’Amicale des anciens volontaires en Espagne républicaine, qui s’est employée à la transmettre. Aujourd’hui, l’Association des amis des combattants en Espagne républicaine a pris le relais et s’efforce de transmettre aux jeunes générations cette mémoire internationaliste. Après de longues décennies de silence et d’ostracisme, une reconnaissance de leur action et des hommages officiels ont enfin vu le jour.

En 1938, Juan Negrín avait promis aux brigadistes que l’Espagne leur accorderait la nationalité espagnole. Il aura fallu attendre le 19 janvier 1996 pour que les Cortès leur octroient ce droit. En France, les députés communistes Jean-Claude Lefort et François Asensi, fils de brigadistes, se sont battus pour que le titre d’anciens combattants soit accordé aux survivants français. La mesure est devenue effective le 23 novembre 1996, jour du transfert des cendres d’André Malraux au Panthéon.

Au 8 rue Mathurin-Moreau, aujourd’hui 2 place du Colonel-Fabien, lui-même ancien brigadiste et résistant communiste, une plaque commémorative a été apposée à l’entrée du siège du PCF en octobre 2011. Elle dit beaucoup du courage de ces femmes et ces hommes des Brigades Internationales dont l’engagement « fut le premier acte de résistance internationale contre le fascisme ». Un juste hommage pour ne jamais oublier ceux et celles qui se sont levés avant le jour, comme les a surnommés le Colonel Henri Rol-Tanguy.

  1. Extraits d’un article paru dans le hors-série de l’Humanité consacré au Front populaire. Édouard Sill est l’auteur d’un ouvrage remarqué et de référence : « l’Illusion lyrique ». Le volontariat international combattant dans la guerre d’Espagne (1936-1938), paru aux Éditions de la Sorbonne. ↩︎

À lire sur le sujet :
L’espoir guidait leur pas. Les volontaires français dans les Brigades internationales, 1936-1939,
de Rémi Skoutelsky, Grasset.
Levés avant le jour. La XIVe brigade internationale la Marseillaise. De Madrid jusqu’à l’Ebre 1936-1938, d’Agosto, Annabel, Duprat, Hervan, Maza, Wallace, Winoc, et Zytka, édition Inukshuk, Acer. Pour commander la BD au prix de 22 euros : contact@acer-aver.fr

21 octobre 2026

Exposition : Histoires d’animaux

 


Du Moyen Âge à nos jours, l’exposition Histoires d’animaux de la Bibliothèque nationale de France retrace l’évolution du regard porté sur le monde animal. Bestiaires religieux, créatures fantastiques, animaux savants, familiers ou victimes de l’homme composent un parcours où arts, sciences et littérature révèlent surtout les transformations de nos sociétés.

Longtemps redouté, chassé, domestiqué, admiré ou chargé de pouvoirs symboliques, l’animal n’a jamais cessé de hanter l’imaginaire des hommes. Du monstre tapi dans les marges d’un manuscrit médiéval au compagnon familier installé dans les foyers bourgeois, du rhinocéros rêvé par Dürer aux singes de Pierre Boulle renversant la domination humaine, son histoire raconte peut-être moins celle des bêtes que celle des sociétés qui les observent.

C’est ce dialogue millénaire que la Bibliothèque nationale de France invite à parcourir au sein de son musée du site Richelieu. Intitulée Histoires d’animaux, cette nouvelle thématique annuelle puise dans les immenses collections de la BnF pour suivre, du Moyen Âge à nos jours, les métamorphoses du regard porté sur le vivant. Arts, littérature, religion et sciences s’y répondent, révélant successivement l’animal symbole, ressource, objet d’étude, créature fantastique, compagnon ou victime d’une domination humaine devenue toujours plus considérable.

Le Rhinocéros, par Albrecht Dürer (1515)
Le Rhinocéros, par Albrecht Dürer (1515). © BnF, Réserve des livres rares

Afin de protéger les œuvres les plus sensibles à la lumière, le parcours sera renouvelé à trois reprises au cours de l’année. Chaque rotation fera ainsi apparaître de nouvelles pièces et de nouveaux visages du bestiaire.

Du bestiaire médiéval aux premières curiosités savantes
Au Moyen Âge, observer un animal revient rarement à ne voir que l’animal lui-même. Le lion, l’aigle, le serpent ou le cerf appartiennent à un vaste langage moral et religieux. Ils incarnent vertus et vices, accompagnent les saints, annoncent le divin ou deviennent instruments du martyre. Des estampes d’Albrecht Dürer et de Martin Schongauer témoignent de cette lecture profondément symbolique du monde naturel. La bête est autant signe que créature.

La chasse, pour sa part, révèle un autre rapport au vivant. Le prestigieux Livre de la chasse de Gaston Phébus rappelle combien l’activité cynégétique est alors entourée de rites et de codes. Chevaux, chiens et gibier s’inscrivent dans une civilisation aristocratique où l’utilisation de l’animal se double d’une affirmation de puissance et de rang social.

À la Renaissance, toutefois, la curiosité change peu à peu de nature. Les Européens veulent décrire les merveilles d’un monde qui s’élargit. Mais l’observation directe demeure imparfaite. Le célèbre Rhinocéros de Dürer en offre l’un des exemples les plus saisissants : l’artiste représente en 1515 un animal qu’il n’a jamais vu, travaillant à partir de descriptions et d’un dessin transmis à distance. L’image est inexacte, mais son extraordinaire succès montre combien savoir scientifique, témoignage et merveilleux demeurent alors intimement mêlés.

Une vitrine consacrée à l’éléphant dans la culture indienne prolonge cette interrogation en révélant la permanence de traditions symboliques très différentes de celles de l’Occident.

Lorsque l’animal entre dans la science
Entre les XVIe et XIXe siècles, l’Europe cherche progressivement à classer le vivant. Il ne suffit plus de raconter l’animal : il faut le mesurer, le dessiner, le comparer et lui assigner une place.

Les esquisses du peintre et dessinateur naturaliste Claude Aubriet, exceptionnellement prêtées par le Muséum national d’histoire naturelle, montrent l’importance du dessin dans cette construction des connaissances zoologiques. Avant la photographie, le crayon constitue un véritable instrument scientifique.

Recueil de pièces des années 1764-1765 concernant la bête féroce du Gévaudan
Recueil de pièces des années 1764-1765 concernant la bête féroce
du Gévaudan. © BnF, Réserve des livres rares

Pour autant, l’animal ne perd rien de sa puissance littéraire. Avec Jean de La Fontaine, renards, loups, corbeaux, cigales ou fourmis poursuivent une tradition remontant à l’Antiquité : faire parler les bêtes pour mieux dénoncer les travers des hommes. Sous la peau animale apparaissent l’ambition, l’orgueil, la naïveté ou la cupidité.

Mais certaines créatures demeurent liées à la peur. Entre 1764 et 1767, la mystérieuse Bête du Gévaudan ensanglante plusieurs paroisses et nourrit une abondante imagerie populaire. Les estampes exposées montrent comment quelques faits tragiques, amplifiés par les récits et les rumeurs, peuvent faire naître un monstre collectif.

Babar, Renart et les métamorphoses du vivant
À partir de la fin du XIXe siècle, une nouvelle figure s’impose : l’animal destiné aux enfants. Avec le développement de la littérature illustrée, les bêtes deviennent compagnons d’apprentissage et personnages d’identification. Les planches originales du Voyage de Babar, de Jean de Brunhoff, rappellent la puissance acquise par ces héros anthropomorphes qui pensent, parlent, voyagent et éprouvent des sentiments humains.

Des maquettes de costumes d’Élisabeth Ivanovsky, inspirées du Roman de Renart, témoignent également de la permanence des récits animaliers anciens dans la création contemporaine. L’animal permet surtout d’interroger la frontière séparant l’homme des autres espèces. Cette limite devient volontairement incertaine dans les Métamorphoses d’Ovide revisitées par Cécile Reims, où corps humains et formes animales se mêlent jusqu’à troubler les catégories établies.

De la bête utile au compagnon aimé
Le XIXe siècle voit parallèlement évoluer les sensibilités. Pendant des siècles, chevaux, bœufs, chiens et autres animaux avaient d’abord été considérés à travers les services qu’ils rendaient : transport, traction, alimentation, chasse ou garde. Sans disparaître, cette conception se double désormais d’une attention croissante aux émotions prêtées à l’animal.

Dans les intérieurs bourgeois européens, chiens et chats deviennent des membres familiers du foyer. On les cajole, on les photographie, on les met en scène. Les affiches publicitaires du début du XXe siècle comprennent rapidement la force affective de cette nouvelle proximité et utilisent abondamment leur image.

Le voyage de Babar. Aquarelle originale de Jean de Brunhoff (1932)
Le voyage de Babar. Aquarelle originale de Jean de Brunhoff (1932).
© BnF, Réserve des livres rares

Mais cet attachement ouvre bientôt une question plus embarrassante : comment concilier affection pour certaines espèces et exploitation des autres ? Enfermement, souffrance animale, disparition des espèces et préservation de la biodiversité apparaissent peu à peu au cœur des préoccupations contemporaines. Le manuscrit de La Planète des singes de Pierre Boulle donne à cette interrogation une forme vertigineuse. En imaginant une société où les singes dominent les hommes, le romancier inverse brusquement les hiérarchies établies. Deux lithographies de Gilles Aillaud, artiste particulièrement attentif aux animaux captifs, prolongent cette réflexion sur une humanité capable tout à la fois de protéger le vivant et de l’enfermer.

Dragons, Bête de l’Apocalypse et animaux devenus objets
Du 21 janvier au 9 mai 2027, une deuxième rotation renouvellera largement le parcours. Le bestiaire chrétien y sera notamment abordé à travers le tétramorphe, association traditionnelle des quatre évangélistes avec l’ange, le lion, le taureau et l’aigle. L’animal apparaît ici comme un véritable langage théologique.

Créatures monstrueuses et hybrides occuperont également une place importante. Une estampe spectaculaire de Hendrick Goltzius, Le Dragon dévorant les compagnons de Cadmos, dialoguera avec la Bête de l’Apocalypse figurant dans la Somme le Roi de Laurent d’Orléans, manuscrit moral du XIIIe siècle. La chasse sera évoquée par le Livre des trois âges de Pierre Choinet ou encore une partition d’Adrian Le Roy consacrée à la chasse à la perdrix.

Plus troublante sera la vitrine rappelant que l’animal put aussi devenir matière première. Nacre, ivoire et écaille furent longtemps employés dans les objets de luxe, comme l’illustre le médaillier du prince de Condé provenant de l’atelier d’André-Charles Boulle. L’animal satirique réapparaîtra avec Grandville, maître du XIXe siècle dans l’art d’affubler les hommes de silhouettes animales pour mieux mettre en lumière leurs ridicules.

D’autres imaginaires seront convoqués : animaux du zodiaque chez Dürer et Petrus Plancius, mystérieuses chauves-souris dans les collages de Jacques Prévert, ou créatures métamorphosées sur la scène théâtrale à travers des costumes conçus pour L’Enfant et les sortilèges et Ainsi parlait Zarathoustra.

Pasteur, Jules Verne, Colette : nouveaux regards sur les bêtes
La troisième et dernière rotation, présentée du 19 mai au 29 août 2027, ouvrira encore davantage le parcours aux sciences et à la littérature.

Miniature extraite du Livre des trois âges par Pierre Choinet datant de 1482-1483 (manuscrit français de la BnF)
Miniature extraite du Livre des trois âges par Pierre Choinet
datant de 1482-1483 (manuscrit français de la BnF)

Les cahiers et notes de Louis Pasteur permettront d’évoquer le rôle de l’expérimentation animale dans les découvertes médicales et le développement de la vaccination. Les créatures des profondeurs surgiront ensuite avec le manuscrit autographe de Vingt Mille Lieues sous les mers de Jules Verne, entouré notamment du Bestiaire ou du Cortège d’Orphée de Guillaume Apollinaire et d’une édition de La Petite Sirène d’Andersen illustrée par Edmond Dulac.

Le chien prendra enfin la place occupée auparavant par le chat. Les facétieux Préludes flasques (pour un chien) d’Erik Satie côtoieront le manuscrit des Vrilles de la vigne de Colette, où son chien Toby devient lui-même narrateur.

À travers manuscrits, estampes, dessins, partitions et objets précieux, Histoires d’animaux compose ainsi bien davantage qu’un immense bestiaire. À chaque époque, l’homme a prêté aux animaux ses peurs, ses valeurs, ses rêves et parfois ses propres travers. En racontant les bêtes, c’est donc continuellement lui-même qu’il finit par raconter.

Source France Pittoresque 

Renseignements pratiques
Exposition Histoires d’animaux
BnF — Site Richelieu — 5 rue Vivienne — 75002 Paris
Jusqu’au 29 août 2027
Sites Internet : https://www.bnf.fr/fr/les-collections-du-musee-de-la-bnf
Page Facebook : https://www.facebook.com/bibliothequebnf

18 mars 2013

CHYPRE : IMPOTS SUR LES COMPTES BANCAIRES

Le Parlement de Chypre votera ce lundi le plan d’aide européen. En échange de 10 milliards d’euros de prêt, Nicosie doit instaurer une taxe sur les dépôts bancaires. C’est la première conséquence du retour de la droite au pouvoir.

L’Union européenne (UE) instaure un impôt sur le patrimoine… des Chypriotes modestes. Tous les comptes en banque des résidents à Chypre devraient être taxés. À 6,75 % pour les dépôts inférieurs à 100 000 euros. À 9,9 % au-delà. Ces mesures, si elles sont validées lundi 18 mars par le Parlement, pourraient être la conséquence de l’accord trouvé dans la nuit de vendredi à samedi entre les ministres de l’Économie de la zone euro (Eurogroupe), en coordination avec le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne.

Elles sont la contrepartie exigée par les Européens pour que Chypre obtienne 10 milliards d’euros de prêt. Bien moins que les 17 milliards d’euros attendus par Nicosie. Ce prélèvement sur les comptes bancaire devrait rapporter 5,8 milliards d’euros : autant de moins à verser pour les fonds de secours européens.

Par ailleurs, un prélèvement à la source sur les intérêts sera réalisé. Selon le ministre des Finances, Michalis Sarris, les taxes sur le capital et les intérêts des dépôts seraient compensées par la distribution d’actions… Alors que le système bancaire chypriote, vérolé, doit être restructuré.

Car, c’est de ce dernier que vient le problème. Ses avoirs pèsent huit fois le PIB de Chypre. Les banques de l’île possédaient nombre de titres de dette grecque. Or une partie de cette dette a été annulée. Nicosie est victime de cet effacement. La dépréciation des bons du Trésor hellène représente 4,5 milliards d’euros pour les banques chypriotes, aujourd’hui en crise et qui se retournent maintenant vers l’État. S’il laisse une banque faire faillite, celui-ci aura à garantir les dépôts à hauteur de 100 000 euros pour respecter les directives européennes. Cela pousserait le pays à une quasi-faillite.

« J’ai travaillé des années pour mettre cet argent de côté et maintenant, je le perds parce que les Néerlandais et les Allemands en ont décidé ainsi. Cela ne touche pas les Russes », se plaignait Andy Georgiou, samedi. 37 % des sommes déposées à Chypre le sont par des non-résidents, notamment russes.

« C’est du vol ! » confiait à l’AFP, Kyriakos, un trentenaire, samedi, qui, comme des dizaines d’autres Chypriotes, retirait de l’argent de son compte. Le Parlement doit voter l’accord avant l’ouverture des banques, mardi. Sinon, leurs coffres vont se vider.

Le Parlement devait examiner le texte dès aujourd'hui, mais le débat a été repoussé à demain lundi.

Élu président de la République le 24 février, face au candidat soutenu par les communistes, Stavros Malas (42,52 %), Nicos Anastasiades (57,48 %) n’a pas de majorité au Parlement, renouvelé en 2011. Son Rassemblement démocratique (Disy), centriste, ne dispose que de 20 des 56 sièges à la Vouli. Il aura besoin de l’apport des neuf voix du parti de droite Diko, qui examine encore les détails de l’accord.

Ce racket des épargnants chypriotes est la première conséquence de la perte de la présidence de la République par les communistes d’Akel qui comptent 19 députés dans leurs rangs. Le prédécesseur d’Anastasiades, Dimitris Christofias, qui ne s’était pas représenté, était pudiquement qualifié d’« obstacle politique » par les fonctionnaires européens. Le président communiste refusait un mémorandum à la grecque, qui aurait amené à la privatisations des entreprises publiques.

Gaël De Santis

28 septembre 2012

EUROPE : POLICIERS EN COLERE !

Environ 4.000 policiers, gardes-côtes et pompiers grecs ont manifesté jeudi à Athènes contre l'austérité en simulant notamment des suicides par pendaison.
"La troïka nous suce le sang", ont-ils scandé, en allusion à la Commission européenne, à la Banque centrale européenne (BCE) et au Fonds monétaire international (FMI).

Ces trois institutions exigent la mise en oeuvre d'une politique de rigueur drastique en échange de leur aide financière.
Cette politique se traduit par des coupes claires dans les dépenses publiques et par un alourdissement de la fiscalité. Le gouvernement grec prévoit ainsi de réduire les salaires des policiers.
Les simulations de pendaisons visaient à rappeler aux responsables politiques la hausse du taux de suicide en Grèce depuis le début de cette austérité, qui a enfoncé le pays dans une profonde récession économique.

Un peu plus tôt dans la journée, des policiers ont bloqué l'entrée du QG de la police anti-émeutes à Athènes pour empêcher des cars d'acheminer des renforts vers Thessalonique, dans le nord du pays, où devraient se dérouler d'importantes manifestations au cours du week-end.
Des heurts ont éclaté lorsque la police anti-émeutes a tenté d'évacuer l'entrée du bâtiment, où des dizaines de policiers syndiqués, la plupart en uniforme, brandissaient des panneaux et scandaient des slogans contre l'austérité.

Pour certains policiers, la situation est complexe. "Ils nous font nous battre contre nos propres frères", a déclaré un membre des forces anti-émeutes sous le sceau de l'anonymat.

17 avril 2012

Pour Joseph Stiglitz, l'Europe va droit dans le mur


Par Marc-Henri Jobin pour la Tribune de Genève
«La seule bonne chose de l'année 2011, c'est qu'elle a été meilleure que ne le sera 2012», estime le prix Nobel d'économie.
Si l'Europe poursuit ses programmes de restriction, «les années à venir seront vraiment dures».

La situation en Europe préoccupe Joseph Stiglitz. «Les chances de résoudre le problème par de nouvelles économies sont proches de zéro», relève-t-il dans une interview donnée au Tages-Anzeiger. L’Europe est même «menacée à court terme d'une deuxième récession».

La plupart des gouvernements épargnent, ce qui accentue le ralentissement économique, constate le chercheur et économiste américain. Et contrairement aux promesses faites, «on ne voit toujours pas poindre la lumière au bout du tunnel».

On prescrit la saignée au malade

«Il n'y a au monde pas un seul exemple qui montre qu'il est possible d'assainir un Etat malade en réduisant les salaires, les rentes et les prestations sociales», poursuit l'ancien prix Nobel. La croissance ralentit, les recettes fiscales baissent et la question de l'endettement n'est pas résolue, ajoute-t-il en substance.

«Les politiciens devraient aujourd'hui reconnaître qu'ils sont sur la mauvaise voie». Une surdose d'économies ne fait qu'empirer les choses. «C'est comme au Moyen-Âge: quand le patient mourait, on disait: le médecin a trop vite arrêté les saignées».

Les Irlandais paient pour leurs banques

Aujourd'hui, des pays comme la Grèce et le Portugal auraient au contraire «besoin d'une perspective de croissance crédible». Pour cela, les gouvernements devraient augmenter les dépenses de l'Etat, selon l'Américain.

«Ils peuvent le faire sans accroître les déficits, s'ils augmentent les impôts en parallèle», en introduisant par exemple une taxe sur les transactions financières, observe-t-il. L'économie en profiterait et pour un multiple des montants injectés par l'Etat.

Joseph Stiglitz reconnaît volontiers que la Grèce est surendettée. Ainsi que le Portugal et l'Irlande. Mais dans ce dernier cas, c'est n'est pas en raison d'un excès de dépenses de l'Etat.

La crise en Irlande est venue de la finance: «C'est une erreur monumentale que d'avoir sauvé les banques en difficulté avec l'argent des contribuables». Pour l'ancien professeur et chercheur,« il ne devrait pas y avoir de banque si grande qu'on doive la sauver à tout prix».

Plus d'égalité et de morale

De manière générale, l'économiste constate que les politiciens ne prennent pas suffisamment en compte les soucis des citoyens. «Ces derniers ont perdu confiance dans le capitalisme financier. La crise financière a montré que le modèle ne fonctionne pas.»

Aux Etats-Unis, le revenu moyen d'un travailleur est plus faible aujourd'hui qu'en 1968, argumente l'ancien chef économiste de la Banque mondiale. «C'est inacceptable et permet de conclure que le capitalisme n'aide en définitive qu'une petite partie des gens».

La répartition de la richesse est de plus en plus inégale, constate Joseph Stiglitz, pour qui «nous avons besoin de plus de transparence et d'égalité entre les revenus et, surtout, de plus de morale».

(Newsnet)