16 décembre 2011

Allemagne : le modèle qui réduit l’espérance de vie

Les chiffres officiels montrent que les salariés les moins bien payés vivent deux ans de moins qu’il y a dix ans.
Une bonne partie de la presse allemande relevait hier matin « une évolution à contre-courant » concernant les personnes classées dans la catégorie des revenus faibles. Alors que les statistiques ne connaissent qu’une seule tendance depuis des années, celle d’un allongement de la durée de la vie, une évolution négative apparaît pour la première fois chez celles qui sont au bas de l’échelle des salaires.
Alors que, toutes catégories sociales confondues, une progression de l’espérance de vie demeure perceptible outre-Rhin sur les dix dernières années, celle-ci passe de 77,5 ans en 2001 à 
75,5 ans en 2011 chez les personnes qui ont le triste privilège de figurer parmi les moins bien payées. Et ce recul atteint même presque quatre ans (de 77,9 ans à 74,1 ans) chez les citoyens de la partie orientale de l’Allemagne.
Entreprise d'écrasement des coûts salariaux
Ces chiffres sont tirés de la réponse qu’a dû fournir le gouvernement d’Angela 
Merkel à une « grande question » écrite du groupe du parti Die Linke au Bundestag. Les autorités se doivent en effet de répondre à ce type d’interpellation parlementaire de façon très précise en s’appuyant sur toutes les données dont disposent, sur le thème invoqué, les services officiels.
Le lien est patent entre ce recul dûment enregistré de l’espérance de vie des plus pauvres et la formidable 
entreprise d’écrasement des coûts salariaux, qu’ont constitué les réformes antisociales mises en œuvre durant la décennie par Gerhard Schröder puis par l’actuelle chancelière. Les mesures adoptées ont conduit à de terribles déclassements et ont fait grossir d’autant plus vite le nombre de travailleurs pauvres qu’il n’existe pas de salaire minimum légal outre-Rhin.
2 millions de salariés gagnent moins de 6 euros de l'heure
Plus de deux millions de salariés sont ainsi réduits aujourd’hui à percevoir des rémunérations qui ne sont pas supérieures à 6 euros de l’heure. La profondeur du malaise est telle qu’une écrasante majorité de citoyens détestent, comme l’a révélé une enquête Ifop-l’Humanité (Voir notre édition du 1er décembre 2011), le modèle, vendu pourtant aujourd’hui dans le reste de l’UE comme l’unique voie praticable.
Selon d’autres chiffres qu’a dû fournir le gouvernement allemand, les salariés âgés de 64 ans qui disposent d’un vrai travail à temps plein ne sont plus que 9,3 %. L’échec est là aussi patent pour des autorités qui ont argumenté, comme de ce côté-ci du Rhin, sur le bien-fondé du « travailler plus » et la poursuite de l’activité salariée des seniors avec en ligne de mire le passage, au 1er janvier prochain, de l’âge légal de départ à la retraite à 67 ans.
Ainsi, suprême raffinement, les salariés les plus pauvres sont-ils invités à travailler toujours plus longtemps dans des conditions de précarité toujours plus grande pour accéder in fine à une pension rabougrie dont ils profiteront, on le sait maintenant, moins longtemps.
Bruno Odent

03 décembre 2011

ESCAPADE EN ITALIE

Chronique de Sema, globetrotteuse
Dans deux jours, Rome. Je vais pouvoir confronter tous les clichés que j’en ai à la réalité. Comme à chaque fois que je m’apprête à découvrir une ville que je ne connais pas, celle-ci m’apparaît comme un magma nébuleux, une pieuvre aux formes imprécises.

Mais il ne me faut pas longtemps pour me laisser apprivoiser par ce lieu qui n’est capitale de l’Italie que depuis 1871. Peut-être est-ce parce que celle-ci, bien que de taille imposante, reste encore humaine avec ses quelque deux millions sept cent mille habitants. En tout cas, j’y suis à peine depuis trois heures que je m’y sens bien. Et cette impression de plénitude m’envahit dès le deuxième site que je visite après le Colisée.

Pour fuir les touristes, laissez vos pas vous mener jusqu’en haut du Palatin, une des sept collines de Rome et profitez de la séculaire quiétude qui y règne. Les bruits de la ville y sont atténués. On déambule entre les vielles pierres, une petite brise se lève, soulevant la poussière, faisant voleter quelques feuilles dans la lumière dorée d’un automne encore tiède. Des fleurs jaunes, dont j’ignore le nom, balancent légèrement la tête. ça et là, des papillons. Et cette odeur de pins cyprès. Je descends et longe la Voie Sacrée, mettant mes pas dans d’autres, plus anciens. Ce qui frappe dans Rome, c’est la patine de l’âge.

Puis je rejoins la blancheur baroque du Capitole. Petite pause dans un café en terrasse. Siroter une bière et manger un sandwich club (ils sont impressionnants !) Piazza Venezia. La bière m’assomme, le prix de ma consommation aussi. Mais cela fait partie du trip, de l’aventure. Je monte vers le Capitole, entre dans la fraîcheur de la Basilique, m’assieds sur un banc et ôte mes baskets. Petite sieste de quelques minutes qui me requinque et me permet de reprendre ma déambulation à travers la ville.Zut !

Oublié de recharger la batterie de mon appareil. Les visites de l’après-midi ne seront pas immortalisées. Et c’est bien dommage ! Car je découvre le Panthéon, la Fontaine de Trevi, la Piazza di Spagna avec sa fontaine en forme de bateau. Moi aussi je jette mes deux piécettes dans la Fontaine de Trevi, l’une pour faire un vœu personnel, l’autre pour espérer revenir un jour à Rome. Ce qui ne serait pas pour me déplaire car je suis tombée sous le charme de cette ville, c’est indéniable. Je me dis que ce doit être ça, la dolce vita, la douceur de vivre à l’italienne.

Des thermes de Caracalla, inaugurés en 216 ap. JC, à la Bouche de la Vérité, j’arpente Rome ; j’en prends la pleine mesure. Les ponts jetés par-dessus le Tibre sont, comme tout ce que j’ai vu pour le moment, marqués par le temps. J’emprunte le Ponte Palatino. Mes jambes ne me portent plus. Je m’affale en terrasse Piazza di Marria in Trastevere. Chocolat chaud si épais qu’il se mange à la cuillère, fatigue, mais quel bonheur.

Décidément, je pourrais m’installer et vivre dans cette ville !Retour de l’autre côté du Tibre à la découverte de l’ancien ghetto juif dans lequel, suite à une Bulle papale, les Juifs de la ville furent confinés pendant plus de trois siècles, contraints de porter sur leurs vêtements un cercle jaune, précurseur d’un autre signe stigmatisant autrement plus sinistre. Messieurs, vous mettrez la kippa pour entrer dans la synagogue, construite entre 1901 et 1904. Le contrôle de sécurité est obligatoire depuis qu’un attentat a été perpétré par l’OLP en 1982. Là, notre guide nous explique qu’en 1943, Rome a subi l’occupation allemande pendant neuf mois et que les Nazis ont pillé les bibliothèques, s’emparant de manuscrits et de livres précieux qui n’ont jamais été retrouvés.

Retour au pas de course à la Fontaine de Trevi pour faire quelques clichés. Il ne sera pas dit que je quitterai Rome sans une photo de l’imposant Neptune !

Dîner dans une Piazza Barberini. Les raviolis sauce aux morilles sont onctueux et fondent sous la dent. Attention à votre porte-monnaie également susceptible de fondre car les prix indiqués sur la carte ne prennent pas en compte les couverts, le pain ni le service que l’on vous facturera en supplément. Vous risquez de faire une drôle de tête si vous ne vous y attendez pas.

De retour à mon hôtel non loin de la gare Termini, je m’effondre sur mon lit. Mes pieds sont des excroissances douloureuses, des centres d’où irradie la souffrance. En dépit de cette paroxystique algie, je ne regrette pas ma longue expédition à travers la capitale du Latium. J’ai pris des rues, des venelles, le pouls de la ville que je sens dans tout mon corps endolori.

Je m’endors, fébrile à l’idée que demain, je découvrirai le saint des saints : le Vatican.

Jour 3

Métro ligne A, descendre à Ottaviano San Petro. Rdv avec notre guide qui nous emmène pour trois heures d’histoire, d’art et de culture. C’est Mussolini qui, en 1929, a accordé au Pape l’extraterritorialité du Vatican.

Epoustouflée, je découvre sur ma gauche une longue galerie où s’aligne, sur la gauche et la droite, une succession de statues, de bustes et de sarcophages. Au détour d’une cour, un Apollon, son prêtre au visage si expressif malgré sa frigidité marmoréenne, un peu plus loin, des bassins en marbre d’Egypte et aux pieds griffus. C’est une profusion d’œuvres : serpents de mer, fenêtres aux bordures décorées dans le style grotesque à découvrir dans la galerie des cartes, volets au bois travaillé dans les chambres de Raphaël, plafonds en bois couverts de feuilles d’or, salles aux œuvres plus contemporaines où je reconnais des figures grimaçantes de Francis Bacon. Et puis le nec plus ultra, l’incontournable Chapelle Sixtine. Noire de monde.

D’un monde que j’aimerais voir s’écarter et même disparaître pour pouvoir m’allonger à terre et détailler la voûte surchargée, œuvre du grand maître qu’était Michel-Ange : la Création de l’Homme, Adam et Eve chassés du Paradis. Sur le mur en face : le Jugement Dernier. No flash, no photo, no bruit. Des gardes s’épuisent en inutiles « chut » pour nous rappeler qu’ici nous sommes dans un lieu saint qui impose le recueillement.

Puis nous terminons par la Basilique Saint-Pierre, réputée être la plus grande au monde. Comme tous les touristes présents, j’admire sur la droite La Piéta de Michel-Ange et un peu plus loin des œuvres du Bernin.

Nous ressortons sur la place Saint-Pierre, direction Château-d’Ange puis la Galerie Borghèse située en hauteur. Comment raconter l’inracontable ? Quels mots trouver pour décrire la perfection des statues que, pas après pas, j’y découvre ? La Pauline de Canova, le Rapt de Proserpine du Bernin, pour ne citer que celles-ci.

Pause cannelloni siciliano, pâtisserie garnie de ricotta. Un vrai délice !

Je repars à l’hôtel, fais ma valise. Demain il me faudra me lever tôt pour aller prendre l’avion à l’aéroport de Fiumicino. Ainsi s’achève cette parenthèse à Rome, courte escapade dont je reviens impressionnée. Oui, j’ai confronté les clichés à la réalité. Et s’il y a une chose que j’ai découverte, c’est que cette ville mérite le détour !

Par Sema, globetrotteuse, 24-28 octobre 2011
Sema est professeur d'anglais et écrivain. Son dernier livre, le Chant des tourterelles, édition Arganier, est un des premiers romans écrit autour du chemin de l'immigration turque vers la France.

04 novembre 2011

G 20: la Grèce au pas, l’Italie sous tutelle

Cannes (envoyé spécial). Washinton, Berlin et Paris imposent un traitement de la crise à leurs conditions, toutes leurs conditions, rien que leurs conditions. Et tant pis s’il faut pour cela s’asseoir sur la démocratie et passer par-dessus la tête des peuples. Après avoir fait la peau à un Premier ministre grec qui, submergé par les mouvements sociaux, avait commis la suprême faute de goût de vouloir consulter son peuple, ils ont décidé de placer l’Italie sous haute surveillance afin de s’assurer qu’elle applique à la lettre la super-austérité recommandée par les marchés. Jeudi soir, à peine rentré à Athènes, le socialiste George Papandreou annonçait qu’un accord avec les dirigeants de l’opposition de droite deviendrait subitement possible ce qui ouvrirait la voie à un gouvernement d’union nationale rendant probablement caduque la consultation d’un référendum. « Les choses progressent » se réjouissait aussitôt à Cannes Nicolas Sarkozy, martelant qu’un tel revirement d’Athènes « serait salué par tout le monde.»

Moins triomphaliste et comme pour mieux démontrer que c’est elle qui avait imposé ses vues dans le « règlement » de la crise de l’euro, Angela Merkel restait, elle, toutefois sur ses gardes lançant : « Pour nous ce sont les actes qui comptent. » Et de réaffirmer le chantage fait la veille aux dirigeants grecs, martelant que, faute d’une soumission complète aux décisions du sommet de l’UE du 27 octobre, les Européens et le Fonds Monétaire internationale (FMI) ne verseraient pas un sou du plan « d’aide » de 8 milliards d’euros dont Athènes a un besoin impératif d’ici au 15 décembre pour éviter une faillite en bonne et due forme.

L'Italie mise sous surveillance
Quasiment au même moment Silvio Berlusconi était convoqué devant Barack Obama, Angela Merkel, Nicolas Sarkozy, Mario Draghi (BCE), Jean Claude Juncker (eurogroupe) et Herman van Rompuy. Et à son tour il était sommé d’accepter que son pays soit mis sous surveillance. Les marchés jouaient pleinement leur partition dans la mise en forme du diktat. Les taux d’emprunt à 10 ans de l’Italie battants jeudi de nouveaux records à plus de 6%. Soit quatre points au dessus des taux allemands.
Après quelques tergiversations le président du conseil italien s’est incliné. Son pays sera placé sous la tutelle conjointe du FMI et de la commission européenne qui vont contrôler tous ses engagements budgétaires. Une surveillance « stricte » de la mise en œuvre des mesures de super-austérité avancées par le pouvoir italien est annoncée.
Le président français, zélé porte-voix du groupe des super-puissants évoqué plus haut, avait bien fait comprendre le sens du message : « La question, avait-il déclaré jeudi, n’est pas tant le contenu du paquet que – est-ce que ce paquet sera mis en œuvre ou non ? » Et de préciser que c’était là-dessus qu’il fallait travailler avec Rome. Ce serait aujourd’hui chose faite.

Publié par l'Humanité

12 octobre 2011

Angleterre : vers une baisse réelle du niveau de vie

L’avenir s’annonce sombre pour les Anglais. Non seulement le chômage explose et atteint un taux record, mais en plus le revenu moyen des ménages commence à baisser, et ce n’est que le début.

La récession s’annonce. Le gouvernement anglais espérait que le secteur privé allait compenser ses coupes drastiques de fonctionnaires, il n’en est rien bien entendu. En 3 mois, l’Angleterre compte 114 000 chômeurs de plus, portant le total à 8,1 %, taux jamais atteint depuis 1994. Dans un autre temps, une étude de l’Institute for Fiscal Studies pointe la crise du pouvoir d’achat des britanniques et le nombre de pauvres qui ne cesse de crever le plafond.

Les salaires augmentent bien moins vite que l’inflation. Du fait, le revenu moyen réel des ménages, qu’on peut trivialement appeler pouvoir d’achat, aura baissé de 7 % entre 2010 et 2013. Concrètement, un couple qui gagnait 34500 euros par ans en 2010 touchera en moyenne 32000 euros trois ans après. La même étude avance qu’il faudra au moins 6 ans pour qu’un Anglais retrouve son niveau de vie de 2009.

La récession frappe encore plus les plus pauvres. L’étude alerte tout particulièrement le gouvernement britannique concernant les mineurs. En 2013, il y aura plus de 3,1 millions d’enfants vivant sous le seuil de la pauvreté absolu en Grande Bretagne. Soit 300 000 de plus sur un an, près d’un enfant sur quatre.

Publié par l'Humanité

16 septembre 2011

DANEMARK : VICTOIRE DE LA GAUCHE !

La sociale-démocrate Helle Thorning-Schmidt, qui a ramené la gauche danoise au pouvoir, devrait gouverner le pays

En créant un "Bloc rouge" avec ses alliés de gauche, elle a su provoquer l'alternance, exploitant aussi les difficultés économiques que le Danemark traverse comme la plupart des pays développés.

Le "Bloc rouge" a obtenu 92 des 179 sièges du Folketing, le parlement danois.

Depuis 2001, le DF dirigé par Pia Kjaersgaard constituait un allié parlementaire clé du gouvernement minoritaire, auquel il a notamment imposé des mesures contre l'immigration parmi les plus restrictives d'Europe en échange de son soutien.

Mme Kjaersgaard dont le parti, avec 22 députés, a perdu trois sièges depuis 2007, a reconnu qu'il fallait désormais "se considérer dans l'opposition".

Mais la victoire personnelle de Mme Thorning-Schmidt, qui est la belle-fille de l'ex-leader travailliste britannique Neil Kinnock, est surtout le fruit des progrès effectués par d'autres partis de gauche qu'elle a réussi à fédérer dans son sillage.

Son parti Social-démocrate obtient en effet 44 sièges, soit son plus mauvais score depuis 1906.

Au contraire, les Rouges-Verts (extrême-gauche) font plus que doubler le nombre de leurs élus (12) et les Sociaux-libéraux en gagnent 8 de plus (17).

Helle Thorning-Schmidt, 45 ans, devrait être la première femme à gouverner le Danemark.

Née dans une banlieue de Copenhague, fille de parents divorcés, Helle Thorning-Schmidt est venue à la politique dès ses années de lycée, s'engageant contre l'apartheid en Afrique du Sud et pour l'ANC de Nelson Mandela.

Après des études de science politique au Danemark et au Collège européen de Bruges, elle entre au Parti social-démocrate danois et est élue en 1999 au Parlement européen. C'est aussi à Bruges qu'elle rencontre son futur mari, Stephen Kinnock, fils de Neil Kinnock, ancien dirigeant du Parti travailliste britannique et ex-commissaire européen, qui occupe lui-même des fonctions de dirigeant au Forum économique mondial.

Lors de son ascension politique, Helle Thorning-Schmidt a dû lutter contre son image de femme aisée issue des classes supérieures et expliquer pourquoi elle avait inscrit sa fille aînée dans une école privée.

Ses goûts en matière vestimentaire, ses sacs à main haut de gamme lui ont valu le surnom de "Gucci Helle". Un surnom qui a eu le don de faire sortir de ses gonds cette femme habituellement maîtresse de ses émotions. Un député en a fait l'expérience à ses dépens: "Ne m'appelez pas 'Gucci' simplement parce que lorsque je sors, je ne ressemble pas à un sac de merde comme vous."

16 août 2011

LA RIGUEUR EN ITALIE PENALISE AVANT TOUT LES FEMMES !

Les dernières restrictions budgétaires imposées par la crise financière entraînent en Italie un démantèlement des garanties sociales et fragilisent, par effet de ricochet, l’égalité des chances entre les hommes et les femmes.

Silvio Berlusconi et son ministre des Finances Giulio Tremonti donnant une conférence de presse à Rome le 12 août 2011 pour présenter le nouveau plan de rigueur draconien de 45,5 milliards d'euros sur deux ans
Par Sabina Ambrogi, pour TV5

Ces derniers temps, on peut noter trois phénomènes saisissants. L’un, d'envergure nationale faisant empirer une situation déjà très défavorisée et les deux autres, plus ponctuelles agissant ça et là dans le pays, révélant une régression inquiétante.
  1. 1. L'augmentation de l'âge de la retraite des femmes de 60 ans à 65 ans, rapportant 4 milliards d'euros au budget de la nation. Cet apport financier, fourni par le travail des femmes, a été destiné à assainir des trous budgétaires nationaux.
  2. 2. Des changements dans le rôle octroyé aux « Consultori». Ces dispensaires, où l'on visait une maternité responsable - conquête des années 70 - seraient censés devenir des centres de prévention et de dépistage des maladies.
  3. 3. Des fermetures de centres « anti-viol », où les femmes qui ont subi des violences bénéficient d’un accompagnement pour retrouver dignité et vie sociale.
  4. LA RETRAITE : LE PETIT TRESOR VOLE AUX FEMMES
    Par tradition et culture, l'Italie a confié aux femmes une série de tâches, du soin des enfants jusqu'au soin des personnes âgées, qui, elles, devraient être l'objet de services fournis par l’État.

    En échange de ce « dévouement » à la croissance de la nation (et au travail des hommes), l’État a voulu donner une prime aux femmes, en leur accordant le droit de partir à la retraite cinq ans avant les hommes, c’est-dire à 60 ans.

    Dernièrement, par souci d’égalité entre les sexes, l 'Union européenne a imposé des paramètres communautaires qui ont obligé l'Italie à faire passer l’âge de la retraite à 65 ans pour les femmes. Un texte que le parlement a voté très rapidement.

    Emma Bonino, présidente adjointe du Sénat, leader du Parti radical et ancienne commissaire européenne, qui a pris part aux batailles fondamentales comme le référendum sur l'avortement et le divorce, explique comment les quatre milliards d'euros économisés avec l'augmentation de l'âge de la retraite des femmes destinés, à l'origine, à améliorer les conditions d'accès au travail pour les femmes ont été utilisés pour remplir les trous du budget national.

Cette dernière mesure n'est qu'un aboutissement naturel de politiques aveugles de longue durée. Les résultats sont tous là. En Italie du Sud, moins de la moitié des femmes travaillent, sans pour cela avoir obtenu d’elles qu’elle donnent naissance à davantage d’enfants et, dans l’ensemble du pays, le chômage frappe plus les femmes que les hommes (bien que le niveau scolaire des femmes soit plus élevé) : 9,7 % contre 7,6 %.


En revanche, il existe toute une rhétorique sur la maternité et la famille. Il s'agit plutôt d'un triste outil de propagande qui fait qu'à travers la communication de masse les femmes sont priées de faire des enfants, de ne pas travailler et de se consacrer aux personnes âgées.
Les paradoxes sont tragiques. Le nombre de femmes qui, ces dernières années, ont été obligées de signer des « démissions en blanc » a atteint les 800 000. Au moment de l'embauche, elles sont invitées à signer une fiche de démission, qui, en cas de maternité, devient un faux « libre choix de démission ».

Quand une crèche coûte au minimum 600 euros par mois, pour plus d'une femme qui veut travailler, la solution est une sorte de stérilité auto-imposée.


LA MENACE DES ASSOCIATIONS PRO-LIFE

Le corps prend une place centrale dans la bataille politique. Comme la remise en cause des acquis des années 70. Un douloureux débat sur la pilule abortive Ru486 et l'avortement a été rouvert, souvent comme monnaie d'échange entre pouvoir politique et l’aile intégriste de l'Église qui fournit les votes de ses fidèles en échange de subventions publiques aux écoles privées, et d'autres garanties comme la gestion des corps des fidèles. Ainsi de l'euthanasie à l'avortement, tout est objet de débat parlementaire.
La crise a bien évidemment fortifié cette régression. Les « consultori » qui étaient des centres d'accueil et de prévention et dépistage de maladies pour les femmes ainsi que la garantie de gestion d'une maternité « libre et responsable » vont perdre leur pouvoir et le but de leur mission. A leur place, on voudrait instaurer progressivement des associations « pro-life », qui en se définissant « pour la vie », incorporent un jugement grave. Il va de soi que, selon ces associations, devoir faire face à un avortement signifierait être favorable à la mort. Bien peu laïques et s'inspirant, disent-elles, « de principes chrétiens », fortement voulues par la région de Rome (Latium), elles prennent place là où des campagnes électorales sont menées sur des thèmes sécuritaires, et basées sur « la vie », considérant cette dernière comme une valeur à manipuler.
De même, le président de la région Piémont s'était déjà prononcé à cet égard : « Je vais laisser pourrir la pilule ru486 dans les dépôts. » Cette région aussi est en train d'introduire la nouveauté « pro-life ».


FERMETURE DE CENTRES «ANTI-VIOL»

Aussi, les difficultés budgétaires et une culture peu sensible ont-elles entraîné la fermeture de centres « anti-viol ». Les femmes qui avaient subi des violences pouvaient y retrouver des raisons de vie, être abritée dans ces centres, décider si elles porteraient plainte et être protégées en ce cas.

Aujourd’hui, au moins 58 de ces centres risquent la fermeture. Certains viennent déjà d'être fermés.

Irene Giacobbe, présidente de l'association féministe AFFI, a déclaré : « Un centre anti- viol coûte environs 100 000 euros par an. Ils sont très efficaces et représentent aussi une aide pour la prévention de féminicides [homicides de femmes par viol, par étranglement ou par tout type de supplices, ndlr]. En Italie, tous les deux jours une femme est tuée par un homme qu'il soit son mari, son fiancé ou son amant... Ce qui est insupportable, c'est qu'on veuille fermer ces centres qui fonctionnent très bien et qui sauvent des vies».
Tout cela puise dans un contexte politique et culturel bien évidemment favorable, qui s'est formé avec le temps et a traversé différentes phases politiques. Mais par rapport au passé, ces deux ou trois dernières années, il y a eu des changements significatifs de la part de la société civile.

Si les féministes semblaient endormies (ou bien les médias semblaient ne pas être intéressés par leurs revendications), la situation est en train de changer et une bataille de citoyenneté extrêmement intéressante s’est engagée.

Ce qu'on ne sait pas, c'est à quel point la classe politique a compris ce changement. Mais saura-t-elle l'interpréter sans l'exploiter à son profit et canaliser les énergies qui se sont libérées lors des grandes manifestations qui sont parvenues à faire descendre un million de personnes dans les rues de Rome en février dernier ?

06 août 2011

« Utiliser autrement l’euro pour un nouveau régime de croissance »

Yves Dimicoli, économiste du PCF, analyse la crise de l’endettement public, appelle à une réforme du crédit et à la création d’une monnaie commune mondiale.

Trois ans après la crise 
des subprimes, comment 
en est-on arrivé à l’explosion 
de la dette des États ?
Yves Dimicoli. La phase 2008-2010 a conjugué une crise financière, la plus grave depuis l’entre-deux-guerres, suivie d’une récession mondiale, la plus profonde depuis la Seconde Guerre mondiale. Elle renvoie à la façon dont les capitalistes utilisent les formidables potentiels de productivité, avec les nouveaux outils de l’information, pour la rentabilité financière 
et contre l’emploi. Cette pression de la rentabilité, qui baisse 
les salaires et réduit l’emploi, 
crée une insuffisance de la demande globale qui a pu être compensée jusqu’ici par l’endettement 
des entreprises et des ménages 
et a conduit en 2008 à la crise des subprimes avec l’impossibilité pour des millions de ménages modestes et insolvables de rembourser 
leur prêt pour se loger. À partir 
de cette étincelle américaine, 
les pertes sont énormes pour 
les banques aux États-Unis, en Europe et dans le monde, entraînant un rationnement 
du crédit et la grande récession 
de 2009 avec 112 millions 
de chômeurs dans le monde. 
Face au risque de l’effondrement du système financier et au risque 
de déflation, les États sont intervenus massivement pour soutenir les institutions financières par le biais d’aides publiques massives allant jusqu’à 
des prises de participation, voire 
des nationalisations. Cette intervention s’est accompagnée d’un abaissement très important des taux d’intérêt et d’une formidable création monétaire des banques centrales. Fin 2009, par exemple, la dette américaine atteignait 1 500 milliards de dollars. Mais toutes ces mesures ont été réalisées sans toucher aux critères des crédits et des banques ou 
aux modalités des aides publiques.

Cette montagne de dettes 
risque-t-elle de plonger une nouvelle fois l’économie mondiale 
dans la récession ?
Yves Dimicoli. Le type de réponse à cet excès d’endettement public va conduire à des exacerbations nouvelles. En 2010, l’explosion de la spéculation sur les titres de dette publique a déclenché la remontée brutale des taux d’intérêt dans 
les pays en difficulté comme 
la Grèce. La crise de l’euro 
a provoqué l’intervention massive de la BCE et du Fonds monétaire international (FMI) avec la création 
d’un fonds de stabilité financière. Cette facilité de paiement emprunte ses ressources sur les marchés financiers pour les prêter aux pays en difficulté afin qu’ils puissent continuer à s’endetter sur 
les marchés. Et tout cela au prix 
de politiques d’austérité qui cassent la croissance et font exploser 
le chômage. Un véritable fiasco puisqu’il a débouché sur un nouveau plan de « sauvetage » 
qui aggrave cette logique au service de la domination des marchés financiers. Cet excès des dettes publiques en Europe mais aussi aux États-Unis peut conduire 
à un nouveau krach.

Pour échapper à un tel scénario 
ne faudrait-il pas sortir de l’euro ?
Yves Dimicoli. Non, car ce serait 
se priver de la force d’une création monétaire commune à l’échelle européenne, et alors disposer 
de moins bonnes conditions 
de financement, surtout pour 
un pays moyen comme la France. Cela reviendrait aussi à renforcer le dollar dans son rôle de monnaie commune mondiale de domination alors que la crise appelle à la mise en cause de cette hégémonie. 
Le défi consiste à utiliser autrement l’euro et à donner une tout autre orientation à la BCE, conduisant 
à une transformation radicale 
du crédit. Nous proposons un crédit bancaire d’un taux très abaissé pour les investissements matériels réels et de recherche procurant de bons emplois et de bonnes formations.

La crise n’appelle-t-elle pas 
à de nouvelles institutions mondiales ?
Yves Dimicoli. Il faut une transformation radicale 
des institutions existantes, notamment celle du FMI, 
à travers une réforme des droits 
de tirages spéciaux. Ces titres 
créés et attribués par le FMI 
à une banque centrale permettent, 
dans un mécanisme de coopération, d’émettre de la monnaie et de 
se refinancer. Ce serait un pas vers une monnaie commune mondiale. Un moyen de développer au travers du crédit les capacités humaines, 
de faire reculer la spéculation 
et de pérenniser un nouveau régime de croissance et de développement.

03 août 2011

INSOLITE : LITUANIE - COMMENT FAIRE RESPECTER LES REGLES DE STATIONNEMENT

Le maire de la capitale lituanienne Arturas Zuokas a écrasé une Mercedes garée sur une piste cyclable avec un véhicule blindé, afin d'attirer l'attention sur le respect des règles de circulation, rapporte mercredi le service de presse de la mairie.
"Ces derniers temps, le nombre de violations (des règles de circulation) a augmenté, et je voulais rappeler encore une fois par le biais de cette action qu'il faut se comporter respectueusement envers les autres", a indiqué le maire de Vilnius.

"Bien évidemment, la Mercedes a été placée là exprès, c'était une mise en scène", a annoncé à RIA Novosti la porte-parole de la mairie Irma Juskenaite.

18 juillet 2011

LES AGENCES DE PUNITIONS

Elles ne sont que trois. Elles agissent dans l’ombre. Elles ont un pouvoir tentaculaire. Elles répondent aux noms de Moody’ s, Standard & Poor’s et Fitch Ratings. On les appelle les agences de notation. Mais, à l’opposé du professeur Tournesol, elles ne distribuent pas les notes avec générosité, elles ne donnent que des punitions. La semaine dernière, les autorités européennes et quelques chancelleries se sont inquiétées à haute voix sur les agissements de ces venimeux serpents. Mieux vaut tard que jamais. Ces agences sont des structures privées opaques, créées par les systèmes bancaires et les fonds financiers pour noter les budgets des Etats et la situation des… banques, celles-là mêmes qui prêtent de l’agent aux Etats. Bonjour le conflit d’intérêts.
Ces structures que personne ne rencontre jamais font la pluie et le beau temps, en lien avec les intérêts supérieurs des seuls marchés financiers qui les rémunèrent. Lorsqu’elles abaissent comme on dit la note d’un Etat, celui-ci doit payer plus cher l’argent qu’il emprunte sur ces mêmes marchés financiers. C’est d’ailleurs pour conserver une bonne note que M. Sarkozy avait défendu et fait voter la contre-réforme des retraites, qu’il aggrave encore en augmentant comme il l’a fait la semaine dernière le nombre de trimestres de cotisation. Et ce n’est pas fini puisque le 10 juin dernier l’une de ces sorcières, Standard & Poor’s, a rendu publique une note dans laquelle on peut lire ceci : « si les autorités françaises ne poursuivent pas la réforme des retraites, ne continuent pas à modifier la sécurité sociale… il est incertain que [nous] maintenions la note AAA de la France ».

Autrement dit, après les retraites, demain on passe à la sécurité sociale. C’est l’abaissement brutal de la note du Portugal qui a mis le feu aux poudres. Voila un pays dans lequel le parti de M. Barroso, président de la Commission européenne, vient de gagner les élections, à qui, comme pour la Grèce et l’Irlande, le triumvirat totalitaire – composé de cette même Commission de Bruxelles ; du Fonds monétaire international ; de la Banque centrale européenne – est en train d’imposer une insupportable austérité et qui doit emprunter de l’argent aux banques privées à 12 % parce que sa note a été dégradée. Ce même argent que ces mêmes banques auront emprunté à 1% auprès de la BCE.

Ainsi les rapaces des institutions financières se gavent de l’existence et de l’aggravation de la dette, grâce aux charges financières qui constituent pour elles une rente facile que payent les travailleurs, les retraités, les jeunes, en réduction de salaires, de niveaux de retraite, en destruction de services publics et d’emplois. Les dirigeants européens peuvent bien protester. Ce sont eux, en osmose totale avec le grand capital international, qui ont donné carte blanche aux marchés financiers et à leurs fameuses agences. Dans une incroyable logique, celles-ci sont l’exact contraire des publicités pour les tombolas. A tous les coups l’on perd. Un Etat qui n’applique pas l’austérité et la destruction de ses systèmes sociaux est suspect, donc sa note est dégradée. Quelques mois plus tard, le même Etat, qui applique une purge sociale sans nom, se voit aussi dégrader sa note parce que l’agence considère que la récession dans laquelle il est plongé empêche toute croissance donc tout redressement. A cela va s’ajouter la dîme que prélèvent les secteurs financiers sur les Etats via les taux d’intérêt. Où va- t-on ainsi ? Vers une catastrophe sociale et économique inconnue jusque-là.

Voilà pourquoi il faut en finir avec ce système. Mettre fin à ces agences de notation privées et créer des instruments publics de mesure à partir d’autres critères, notamment ceux du développement humain ; du travail et de sa qualité ; des investissements sociaux et publics d’avenir ; de la transition écologique et économique des systèmes productifs et de consommation ; des progrès de l’éducation, de la santé, de la protection sociale, de la retraite.

L’exigence doit grandir d’un audit public sur les dettes, avec la participation des syndicats, des élus, des citoyens, pour décider rapidement d’en annuler les parties illégitimes parce qu’elles résultent des taux d’intérêts exorbitants. L’expérience montre de plus en plus clairement que les cures d’austérité appliquées notamment à la Grèce, à l’Irlande, au Portugal et dans toute l’Europe, ne font qu’aggraver la crise.

Une question essentielle doit désormais être posée, quelle que soit l’appartenance politique de ceux qui gouvernent : l’action publique doit-elle servir les financiers ou l’intérêt général ? Aujourd’hui, ceux qui sont au pouvoir dans tous les pays européens préfèrent le premier terme du choix, et ce indépendamment des étiquettes politiques qu’ils portent. Rien à voir donc avec une gestion démocratique des sociétés. Rien à voir avec les intérêts populaires.

 Dans ces conditions, à quoi servirait-il de changer de pouvoir si c’est pour le soumettre à la dictature de la haute finance ? N’est-ce pas là l’un des débats fondamentaux en vue des élections présidentielles et législatives ? Toute la question est de savoir si nos concitoyens réussiront à l’imposer en lieu et place du sordide feuilleton newyorkais qui occupe depuis des mois lucarnes et unes de magazines.

Les forces du Front de Gauche vont se mobiliser pour y contribuer, dans une démarche ouverte et unitaire. Elles ne sont pas isolées en France et en Europe quand elles préconisent d’avoir le courage de subvertir les traités européens ; de changer le statut et le rôle de la BCE pour restructurer les dettes ; d’en annuler tout ou partie ; de soustraire l’économie des griffes des voraces puissances financières en inventant un nouveau crédit public, combiné avec la création monétaire par la BCE pour innover en Europe, avec l’instauration d’un Fonds européen pour le développement humain social et écologique.

 Bref, c’est aux dogmes de la concurrence et du libre échangisme intégral qu’il convient de s’attaquer dans des processus qui leur substituent les valeurs de la solidarité entre individus et la coopération entre tous les peuples du monde. Tel est aujourd’hui le niveau de l’affrontement nécessaire pour changer. Les rapaces de la finance, armés de ces trois agences de la punition servis par les pouvoirs en apparence démocratiques, doivent reculer et être mis hors d’état de nuire.

Ne nous trompons pas. Le fait que des autorités gouvernementales et européennes aient été contraintes de faire part de leurs critiques n’est pas le signe de leur force. Elles révèlent leur niveau d’inquiétude et peut-être même commencent-elles à redouter de ne plus maîtriser la situation. Une possibilité s’ouvre pour les peuples de s’unir et se rassembler afin de modifier le rapport de forces en faveur du progrès humain et écologique.

Plusieurs manifestations syndicales européennes dans les prochaines semaines vont favoriser les confrontations d’idées indispensables pour ancrer majoritairement la gauche du côté gauche.
En tous cas, ces sujets seront au cœur de la prochaine Fête de l’Humanité. Une Fête contre la crise, contre les rapaces de la finance, et pour défricher les chemins d’une perspective politique totalement neuve. Avec celles de Tunisie, d’Egypte, de Grèce, d’Espagne, la grande place de La Courneuve permettra à des milliers d’indignés de se faire entendre.
Patrick Le Hyaric, député Européen, directeur de l'Humanité

12 juin 2011

Grèce: Mikis Theodorakis entre de nouveau en résistance

Mikis Theodorakis avait prévenu : que l’on m’interdise de tenir un discours sur la place Aristotelous, que l’on cherche à me déloger, je resterai ! La mairie, qui tente d’interdire les rassemblements à cet endroit, lui avait proposé un autre lieu. Il avait refusé, voulant s’exprimer en centre ville. La polémique a fait parler. Ni le maire, ni le recteur de l’université n’ont souhaité le recevoir. Qu’importe.

Le 9 juin, à 20 heures précises, le compositeur grec, de renommée internationale, une des personnalités préférées des Grecs, était sur place, accompagné de membres du mouvement « Spitha » (étincelle) qu’il vient de lancer avec différentes personnalités (universitaires, intellectuels…) qui souhaitent s’unir pour faire barrage à l’austérité et au mémorandum. A 86 ans, Mikis Theodorakis a toujours envie de se battre. Son engagement est permanent. Il est un « monstre sacré », précise Effi, une habitante, la cinquantaine, venue écouter son discours.

20 h. 30. Notis Marias a prononcé le sien. Ce professeur de droit , co-fondateur de « Spitha », a dénoncé le mémorandum, les politiques du gouvernement, de l’Union européenne et du FMI, a expliqué que ce texte est anticonstitutionnel et a appelé à un rassemblement du peuple grec pour changer le cours des orientations économiques et politiques. Le public écoute et applaudit. La foule continue de se masser, nombreuse, sur une place qui ne semblait pas assez grande.

Dès que Mikis Theodorakis monte sur scène, les applaudissements redoublent. Il analyse l’histoire grecque, s’en prend au gouvernement et à la troïka (BCE, Commission et FMI) qui mènent le pays dans le mur, aux banquiers qui assoiffent sa population. Malgré le Vardaris, le vent local, qui apportait un peu d’air frais sur Aristotelous, Mikis Theodorakis tient bon, encourage les auditeurs à résister, à se rassembler. « Ça nous fait chaud au cœur », déclare Effi, émue de « le voir de si près ». 27 ans après la chute de la dictature des Colonels, lui qui s’y est opposé, qui a été emprisonné plusieurs fois, refuse de voir son pays bradé. Le 9 juin, une voix de la sagesse soufflait sur Thessalonique, appelant de nouveau à la résistance. « Et s’il le faut, j’irai, malgré mon âge, partout en Grèce, jusque dans les plus petits villages », explique-t-il à l’Humanité.

A lire dans l’Humanité Dimanche en kiosque le 16 juin : un entretien exclusif avec Mikis Theodorakis et un texte de lui.

29 mai 2011

LE LIVRE : LE PACTE DES RAPACES

Dans l’indifférence quasi générale, dans le silence et le secret des instances européennes, un grave et dangereux scénario contre les peuples a été écrit : un Pacte diabolique baptisé « Pacte pour l’Euro plus » , anciennement « Pacte pour la compétitivité ».

Il engage la vie des familles populaires et celle des générations à venir. Pourtant il est caché. C’est un pas au-delà du Traité de Lisbonne pour constitutionnaliser des politiques antisociales qui devront être déclinées dans un plan national de réformes dans chaque pays.

On n’imagine pas l’extrême gravité des projets en cours. Voilà pourquoi Patrick Le Hyaric a entrepris de le révéler et de le décrypter dans ce livre.

Patrick le Hyaric est directeur de l’Humanité et de l’Humanité Dimanche. Il est également député européen, Vice-président du groupe de la Gauche unitaire européenne, Gauche verte nordique, membre des commissions emploi, affaires sociales et spéciale crise du Parlement européen.

Prix 6 €, édition l’Humanité

LE PACTE DES RAPACES

Connaissez vous le contenu du « pacte pour l’Euro plus » ? Non sans doute. Peut être avez-vous déjà entendu parler vaguement de son ancienne appellation « le pacte pour la compétitivité ».

Ce pacte adopté par le Conseil européen et la commission européenne les 25 et 26 mars avec le soutien des grands groupes financiers est pourtant un texte fondamental qui détermine et déterminera encore plus les politiques sociales et économiques des pays européens. L’austérité des peuples est marquée au « fer rouge » dans ce texte trop méconnu.

Le silence médiatique qui entoure ce « pacte des rapaces » est impressionnant. Alors que chacun est informé à la minute du moindre pas effectué par un DSK par un seul débat n’a été organisé sur les radios et télévisions publiques sur le contenu, et surtout sur les conséquences de l’application de ce texte pour tous les peuples européens. La censure, sur ce sujet, comme sur d’autres malheureusement est totale.

Patrick Le Hyaric, député au parlement européen a eu la bonne idée de dévoiler les différents articles de ce texte, de les commenter, et d’y ajouter des contributions éclairantes sur ce pacte comme la déclaration du CES (Conseil Européen des Syndicats) dans un livre remarquable qui se lit aussi facilement et agréablement qu’un roman policier dans une édition cartonnée permettant d’en faire plus facilement un livre de référence.

Pourtant comme le dit l’auteur « le pacte des rapaces » n’est pas le titre d’un film inédit d’Alfred Hitchcock, mais il s’agit bien d’un projet politique et économique élaboré sous la houlette de Mme Merkel et M. Sarkozy aux conséquences à venir terribles pour les peuples qui a besoin d’être connu…et combattu. A lire et faire lire absolument, il en va de notre devenir à tous.

18 mai 2011

L’Europe doit changer de politique

Le congrès de la Confédération européenne des syndicats a lancé  un appel à résister à l’austérité, mais aussi 
à ne pas sombrer dans l’euroscepticisme.

Athènes (Grèce),envoyée spéciale. La résolution a été rédigée et votée en urgence, hier, lors de la première journée du congrès de la Confédération européenne des syndicats, qui se déroule à Athènes jusqu’à jeudi. Il s’agissait, en fait, de faire parvenir aux ministres des Finances de l’Union européenne, qui vont participer au sommet Ecofin aujourd’hui, un appel à retrouver la raison, à ne pas s’engouffrer dans la voie sans issue que constitueraient de nouvelles mesures d’austérité et à considérer que le chemin de la croissance passe par des mesures sociales (voire ci-dessous).

Dans cette Europe, « les travailleurs ne comptent pas ! » lance un délégué, tandis que se multiplient les interventions qui condamnent avec virulence le pacte euro plus. Un syndicaliste grec raconte comment la soumission de son pays au FMI a provoqué une baisse de 50 % des salaires dans le secteur public. Et aujourd’hui, harangue-t-il, « on veut étendre à l’Europe entière les recettes appliquées à la Grèce » !

Colère des travailleurs

«L’UE traverse une crise de légitimité. Les populations n’y croient plus », explique à son tour Franck Bsirske (DGB, Ver.di, Allemagne), qui dément au passage l’idée que l’Allemagne s’en sortirait mieux que d’autres grâce à ses exportations. « Les exportations s’envolent en Irlande et pourtant mon pays s’enfonce dans la crise », ajoute Jack O’Connor (Ictu, Irlande). Chacun reflète à sa manière un sentiment de grande colère face au mur que dressent les gouvernements européens, y compris sociaux-démocrates, contre les droits sociaux. « Il faut arrêter ce rouleau compresseur », assure Claude Rolin (CSC, Belgique).

Les mots sont durs. Mais l’inquiétude ne laisse pas place au découragement. Car la CES se refuse à verser dans l’euro-scepticisme, qui fermerait toute perspective à l’idée même de lutter pour un « protocole social » et nourrit la montée des partis nationalistes. Beaucoup de délégués, comme Luc Bérille, au nom de l’Unsa-CFDT, appellent à ne pas se laisser tenter par le repli national.

C’est aussi le leitmotiv de John Monks, qui considère que les syndicats doivent lutter contre « la montée des euroscepticismes et de la droite nationaliste qui ravageront l’UE et ses voisins s’ils devaient un jour arriver au pouvoir ». Si le secrétaire général de la CES répète qu’il faut résister au pacte euro plus, il assure aussi que les syndicats doivent rester « pro-européens », porter la proposition d’une taxe sur les transactions financières, revendiquer l’harmonisation fiscale, débattre du salaire minimal. « Résister pour rebondir », c’est aussi la proposition de Bernard Thibault (CGT, France), pour qui le pacte euro plus « impose de passer à une étape supérieure de coordination de notre syndicalisme ». Dans ce cadre, ajoute-t-il, « la question des salaires devrait être un axe fort ». C’est, à n’en pas douter, le débat à venir du congrès.

Pour changer l’Europe

Le Congrès a adopté hier une motion d’urgence adressée aux ministres des Finances qui se réunissent aujourd’hui, avec le FMI, dans le cadre du sommet Ecofin. Considérant que « les mesures d’austérité ont plus encore plongé l’économie grecque dans la récession », les congressistes proposent d’autres solutions : des prêts aux pays en difficulté au taux aussi bas que celui de la Banque centrale européenne ; la fin des privatisations ; une « stratégie d’investissements publics » ; un étalement des conditions de réduction des déficits publics ; la « reconnaissance de l’autonomie des partenaires sociaux » et l’exclusion « des recommandations en matières de salaires dans le régime de sanctions ».

30 avril 2011

L’ Allemagne passe du nucléaire au charbon

Le moratoire sur les centrales nucléaires décidé par Angela Merkel oblige l’Allemagne à importer de l’électricité. D’ici à 2017, trente centrales thermiques entreront en fonction.

Le 14 mars dernier, la chancelière allemande, Angela Merkel, annonçait un moratoire sur la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires pourtant décidée sous son égide en octobre 2010. Conséquence de la catastrophe de Fukushima, cette décision était aussi dictée, selon les observateurs de la vie politique allemande, par la proximité des élections dans le Land de Bade-Wurtemberg, fief historique de son parti, la CDU. Si c’est le cas, la chancelière aura été mal inspirée. Le 27 mars, la coalition SPD-Verts finit par l’emporter. Mais c’est sans doute là la moindre des conséquences de la décision d’Angela Merkel.

Les 17 centrales nucléaires allemandes fournissaient jusqu’à présent 22,2 % de la production d’électricité nationale. Dans une note disponible sur Internet (1), l’Institut français des relations internationales (IFRI) estime qu’« avec l’arrêt temporaire, voire définitif (des 7 centrales concernées par le moratoire – NDLR), l’Allemagne produira 6,8 % d’énergie de moins qu’auparavant ».

Ce net recul est confirmé par la Fédération allemande de l’énergie et de l’eau (BDEW). Le 4 avril dernier, à l’occasion de la Foire industrielle de Hanovre, l’organisme qui regroupe les industriels du secteur a annoncé que depuis le 17 mars la production allemande d’électricité a reculé de 120 gigawattheures par jour. Dans le même temps, le prix de l’électricité à la Bourse de l’énergie de Leipzig a progressé en moyenne de 12 %. Si la rupture d’approvisionnement a été évitée, c’est grâce un recours accru aux centrales thermiques, mais surtout grâce aux importations qui, selon le BDEW, ont doublé depuis le 17 mars.

Entre cette date et le 4 avril, l’Allemagne, qui est d’ordinaire exportatrice nette d’électricité, a importé tous les jours environ 50 gigawattheures de plus qu’elle n’a exporté. Principal fournisseur du pays, la France et ses centrales nucléaires…

La sortie du nucléaire allemand a été décidée en 2000 par le chancelier SPD, Gerhard Schröder et son gouvernement SPD-Verts. Elle doit s’étaler jusqu’en 2022, date à laquelle est prévu l’arrêt définitif du dernier réacteur. Cette fermeture se veut progressive afin de garantir la sécurité d’approvisionnement du pays et surtout se prémunir d’un renchérissement trop rapide de l’électricité. Elle doit s’accompagner d’un développement des énergies renouvelables, avec pour objectif affiché que celles-ci satisfassent jusqu’à 50 % de la consommation d’énergie en 2050. Néanmoins en 2007, elles n’en assuraient que 4,6 %.

Pour satisfaire sa demande énergétique, l’Allemagne mise essentiellement sur les énergies fossiles. Pétrole, gaz, charbon et lignite représentent 84 % des sources d’énergie utilisées en Allemagne. Pour ne pas accroître sa dépendance énergétique vis-à-vis du gaz et du pétrole qu’il importe respectivement à 84 et 97 % (dont 40 % de Russie), le pays a décidé de se tourner d’avantage vers le charbon et le lignite, dont son sous-sol contient d’importantes réserves. Jusqu’en 2017, 30 centrales thermiques seront mises en service. Selon différentes estimations, leur production annuelle devrait atteindre entre 200 et 220 térawattheures, contre environ 130 térawattheures pour l’actuel parc nucléaire. « Les Allemands se préparent à sortir du nucléaire grâce au charbon », ironise Sauvons le climat. L’association estime que cette décision augmentera les émissions de gaz à effet de serre du pays de 20 % par rapport leur niveau actuel.

(1) http://www.ifri.org/

Article publié par l'Humanité

29 avril 2011

Les Européens n’en ont pas fini avec la crise

Selon un sondage exclusif Ifop-l’Humanité, ils estiment être encore en pleine crise économique ou jugent la situation préoccupante, même si le pire est passé.
Les Européens ne sont pas près de manger leur pain blanc, si l’on se réfère au sondage de l’Ifop sur l’état de «l’opinion sur la situation économique actuelle». L’enquête réalisée dans cinq des plus importants pays du continent – le Royaume-Uni, l’Italie, la France, les Pays-Bas et l’Allemagne –, et portant pour chacun d’eux sur un échantillonnage de 500 à 600 personnes, montre que trois ans après le début de la crise, l’inquiétude est le sentiment le mieux partagé.

Au Royaume-Uni, qui subit une sévère cure d’austérité, et en Italie, soumise à un régime de rigueur pour faire face à l’énormité de sa dette publique, respectivement 58 % et 55 % des sondés estiment être « encore en pleine crise ». Opinion que partagent 47 % des Français et environ le quart des Néerlandais et des Allemands. Si l’on tient compte de la question suivante, « diriez-vous que la situation demeure préoccupante même si le pire de la crise est derrière nous… », les cinq pays au total expriment leur mal-vivre du moment. Toutefois l’Allemagne et les Pays-Bas, excédentaires, tournés vers les exportations, apparaissent les plus optimistes, résolument même pour 12 % des Allemands qui considèrent que « la situation est plus favorable et (que) la crise est finie »…

Autre enseignement, les éléments de comparaison montrent qu’en un peu moins d’un an, l’opinion est restée quasiment stable (1), excepté au Royaume-Uni où la proportion de personnes estimant être encore au cœur de la crise a augmenté de 14 %. Entre-temps, le premier ministre David Cameron a annoncé aux Britanniques son plan de rigueur. À l’opposé, l’Allemagne semble être sur un petit nuage, que lui procure son leadership économique sur la scène européenne.

Localement, ce sont les régions les plus déprimées où les plus vives craintes sont formulées, le cas notamment de l’Écosse et du nord de la Grande-Bretagne, du Sud italien, de l’est de l’Allemagne ou de certains départements du nord et de l’est de la France. Par tranches d’âge, il est à noter que, parmi les jeunes de moins de trente-cinq ans, les Italiens massivement (58 %) ne voient pas le bout du tunnel pour demain, suivis par les Britanniques (40 %) et les Français (34 %). Mais cette réalité touche toutes les générations et les deux sexes, bien que les femmes le plus souvent paraissent dire avec plus de force leur vulnérabilité face à la crise.


(1) Sondage Ifop pour l’Humanité réalisé en septembre 2010.

18 avril 2011

Hongrie: nouvelle Constitution sous le signe de Dieu

Après avoir fait adopter des textes de loi liberticides, le gouvernement magyar fait voter lundi une nouvelle Constitution, d’inspiration libérale et ultraréactionnaire.

Budapest (Hongrie), envoyé spécial. «Dieu bénisse les Hongrois », veut croire la première phrase du projet de Constitution hongroise. Fort d’une confortable majorité au Parlement, le Fidesz, le parti du premier ministre, Viktor Orban, entend faire adopter une nouvelle loi fondamentale, d’inspiration ultraréactionnaire et libérale.

Lors des élections d’avril 2010, le Fidesz s’est adjugé, avec son allié le Parti populaire démocrate-chrétien (KDNP), les deux tiers des sièges. Ce qui lui permet de procéder à une modification de la Constitution. Le hic est que si l’actuelle opposition retrouvait la faveur des électeurs, il est fort vraisemblable qu’il ne rééditerait pas le score du Fidesz. Et devrait faire face à un veto de ce dernier si elle voulait faire évoluer la loi fondamentale.

L’affaire est d’autant plus grave que le texte, dévoilé il y a un mois, sera adopté lundi, sans référendum. Et que sa rédaction finale a été obtenue après un débat parlementaire de neuf jours seulement et sans participation de l’opposition.

L’ensemble de ce texte reprend les grands traits de la révolution conservatrice entreprise par Viktor Orban, déjà auteur d’une loi liberticide sur les médias. Le préambule fait la part belle à une Hongrie chrétienne. « Nous sommes fiers qu’il y a mille ans, notre roi ait établi l’État hongrois sur de solides fondations et fasse de notre pays une partie de l’Europe chrétienne. » À la faveur de ce nouveau texte, le terme de République disparaît.

Ce texte prépare des mesures réactionnaires. Ainsi on peut lire que « la vie doit être protégée depuis le moment de la conception ». Une base légale pour remettre en cause le droit à l’avortement. Le mariage, en général défini par le Code civil dans les autres pays européens, deviendrait par la grâce de la Constitution une « union conjugale entre un homme et une femme ». Difficile, si l’opposition revient aux affaires, d’autoriser le mariage homosexuel.

Par ailleurs, le pouvoir place ses hommes dans tous les organes de contrôle. Les membres de la Cour constitutionnelle seront élus pour douze ans… De quoi empêcher les futurs gouvernements de travailler.

Publié par l'Humanité

01 avril 2011

Les populations d'Europe, plus fécondes et plus mélangées

Un rapport sur la démographie dans l’UE, rendu public vendredi 1er avril et vu par « La Croix », rend compte d’une légère hausse de la fécondité et d’une mixité accrue
L’Europe est surnommée le « vieux continent ». Mais un rapport dressant l’état de la démographie dans les 27 pays de l’UE, qui sera rendu public vendredi 1er avril à Bruxelles et que La Croix s’est procuré, tord le cou à quelques idées reçues.

Une « légère augmentation de la fécondité » y est décrite, « après des décennies de fécondité en berne alors que les pays s’enrichissaient ». « La très faible fécondité – inférieure à 1,3 enfant par femme – n’est plus de mise dans l’ensemble des États membres », constate ce rapport d’une centaine de pages établi par la Commission européenne et son agence statistique, Eurostat.

Si les taux de fécondité en Irlande et en France sont connus pour être relativement élevés, un début de redressement est aussi enregistré dans pratiquement toute l’UE, y compris en Italie (de 1,29 enfant par femme en 2003 à 1,42 en 2009), en Suède (de 1,71 à 1,94 sur la même période) ou encore en République tchèque (passage de 1,18 à 1,49).

Seuls le Portugal, Malte et le Luxembourg enregistrent des taux en baisse tandis qu’ils n’augmentent que de très peu en Allemagne, en Autriche ainsi qu’en Lettonie, où, à 1,31, la fécondité est la plus basse de toute l’UE.

5,4 millions de naissances dans l'Union européenne en 2009

Ces nuances ne masquent pas une tendance d’ensemble à la hausse. Descendue à 1,45 enfant par femme en 2002, la moyenne européenne actuelle du taux de fécondité de 1,6 « pourrait grimper à plus de 1,7 », estime le rapport, rappelant toutefois que ce « petit ajustement ne compense pas le déficit par rapport au seuil de renouvellement de 2,1 » et « exigera une large immigration ».

Avec environ 5,4 millions de naissances à travers les Vingt-Sept en 2009, on est en effet loin des plus de 7,5 millions de naissances du début des années 1960. Mais désormais plus sous les 5 millions de naissances comme en 2002.
Sur le fond, cette « progression modeste de la fécondité » n’est pas le fruit des modèles familiaux traditionnels. Au contraire.

« Des pays avec moins de mariages, davantage de concubinage, plus de divorces et une moyenne plus élevée de l’âge des femmes au moment de l’accouchement tendent à engendrer une fécondité plus élevée », observe le rapport européen, notant « un nombre plus élevé de naissances extraconjugales ».

La meilleure fécondité résulte aussi, selon le rapport, d’un « processus de rattrapage » dû à des maternités plus tardives : « Lorsque les femmes accouchent à un âge plus avancé de la vie, la fécondité d’abord décroît puis remonte. »

L'Europe reste un continent vieillissant

De fait, l’âge auquel les femmes ont un enfant a atteint voire dépassé 30 ans dans une douzaine de pays de l’UE, surtout de l’Ouest. À l’instar de l’Irlande, où l’âge moyen des mères à la naissance du premier enfant dépasse les 31 ans.

« Les femmes dans l’UE ont moins d’enfants lorsqu’elles sont jeunes et davantage plus tard », résume le rapport. Ce phénomène gagne les pays de l’Europe de l’Est, alors qu’il marque le pas à l’Ouest.

Ces changements progressifs n’empêchent pas l’Europe de rester, par ailleurs, un continent vieillissant. « Le nombre d’individus âgés de 60 ans et plus au sein de l’UE croît actuellement de plus de deux millions chaque année, à peu près deux fois le taux observé jusqu’il y a encore trois ans », relève le rapport.

L’âge moyen de la population dans l’UE s’établissait à 40,6 ans en 2009, il est projeté à 47,9 ans d’ici à 2060, grâce en particulier au prolongement de l’espérance de vie.

2012 , « année européenne du vieillissement actif »

Ce prolongement, commente la Commission européenne, appelle « une plus grande flexibilité du temps de travail pendant les années d’effervescence où la maternité et les engagements professionnels coïncident » et « une retraite productive via le volontariat et un engagement général dans la vie sociale ».

Après le bénévolat en 2011, l’année 2012 est d’ores et déjà proclamée « année européenne du vieillissement actif ».

Par ailleurs, naissances tardives et vieillissement prolongé s’opèrent dans une Europe à la population davantage diversifiée, autre point essentiel du rapport.

L’immigration provenant tant du dehors de l’UE que résultant de mobilités internes « a sensiblement augmenté la part d’habitants européens qui ne vivent pas dans leur propre pays natal ou dans leur milieu culturel », observe le rapport, selon lequel 15 % de la population active est née à l’étranger ou a au moins un parent né à l’étranger. Ces tendances « rendent le sentiment d’appartenance à une nation particulière plus diffus et complexe ».


Sébastien MAILLARD, La Croix

04 mars 2011

ALERTE ROUGE !

Il se prépare dans les cénacles européens un violent coup de force anti-démocratique et l’accélération de la destruction de nos acquis sociaux allant encore au-delà de ce que nous pouvions imaginer avec le traité de Lisbonne.


Un document de travail daté du 25 février 2011, actuellement entre les mains des gouvernements, baptisé « Coordination améliorée des politiques économiques dans la zone Euro. Principaux éléments et concepts » le révèle. Il contient un nouvel arsenal d’une horrible offensive antisociale qui risque d’être livrée aux travailleurs, aux jeunes, aux retraités, dans les mois à venir. Ce document, camouflé aux citoyens, est destiné à préparer le Conseil de l’Euro du 11 mars et le Conseil européen des 25 et 26 mars prochains.

Il constitue la dernière mouture du « Pacte de compétitivité » dont la presse économique a tenté de faire croire les jours derniers, qu’il serait adouci. On y parle ni de création d’emplois, ni de développement industriel et agricole, ni des services publics, ni de l’amélioration du pouvoir d’achat. Il commence par ces lignes qui disent exactement leur choix politique : « Le pacte vise à approfondir le pilier économique de l’union monétaire en favorisant la convergence entre les économies de la zone Euro ». Donc est projeté une intégration capitaliste encore plus poussée de l’Union européenne. En vérité, il s’agit d’un pacte franco-germanique pour gérer l’économie européenne, à partir des pays de la zone Euro, avec les critères des dirigeants de la droite allemande et en réponse aux demandes du capital européen.

Je ne fais ici qu’énumérer un certain nombre de ces graves et lourdes décisions en préparation.

Il est demandé de mettre plus en concurrence les salaires, tout en mettant en place un mécanisme « d’ajustement des salaires sur la productivité ». « Les hausses de salaires étendues et prolongées peuvent signaler une érosion de la compétitivité » est-il écrit noir sur blanc.

Au nom de la lutte contre les déficits publics (« la viabilité des finances publiques »), il est demandé expressément de : diminuer les salaires dans le secteur public (« modération salariale », disent-ils), démanteler les systèmes de retraite publique et de sécurité sociale, reculer l’âge de départ à la retraite. Celui-ci est prévu à 67 ans dans une première mouture. Face aux protestations, le texte appelle à « indexer l’âge de la retraite sur l’espérance de vie, en réduisant les retraites anticipées et en utilisant des incitations pour rester plus longtemps au travail ».

De premières études sur le projet sarkozyste d’harmonisation de la fiscalité entre la France et l’Allemagne concluent à une augmentation de l’impôt sur le revenu en France. Voilà que ce document en rajoute en « privilégiant une taxation de la consommation par le biais de la fiscalité indirecte », la plus injuste comme chacun sait (version européenne de la TVA sociale). Par contre, sera recherchée « une assiette commune de l’impôt sur les sociétés », donc une baisse de ce dernier dans notre pays.

S’agissant du travail, il est demandé d’appliquer partout la « flex-sécurité », c’est-à-dire promouvoir le précariat comme norme de l’emploi. Le Conseil européen veut même s’occuper de la manière dont doivent être menées « les négociations sociales » allant jusqu’à préconiser « la révision des dispositifs de fixation des salaires» pour « augmenter la décentralisation dans le processus de négociation et le mécanisme d’indexation ». Donc plus de négociations globales collectives mais des fragmentations par secteur, voire par territoire.

Le projet du Conseil européen demande de « lever toute restriction d’ouverture dans la vente qui était basée sur des critères horaires ou géographiques ». Autrement dit les magasins seront obligatoirement ouverts le dimanche et plus si nécessaire. Des secteurs et des professions qui jusque là étaient protégés par des quotas comme les pharmacies, les taxis, les notaires, les vétérinaires, les coiffeurs, les architectes, etc, seront ouverts et mis en concurrence. C’est d’ailleurs ce que proposait le fameux rapport Attali.

Et le texte caché invente le concept de « frein de dettes ». Ceci sera obtenu par le contrôle a priori des budgets des Etats, des budgets sociaux par le Conseil ou la Commission contre les Parlements nationaux et pour la première fois, est envisagé dans un texte d’origine européenne la nécessité de modifier les constitutions nationales pour y insérer l’interdiction de faire des « déficits ».

Pour bien démontrer sa volonté de fer, le tandem Sarkozy-Merkel, veut « que chaque Etat membre de la zone Euro s’entende pour définir au plus haut niveau (c’est-à-dire au niveau des chefs de gouvernements mettant ainsi de côté la Commission et le Parlement) des objectifs concrets à atteindre dans les douze mois ».

Il y a donc urgence ! Il faut vite stopper cet horrifiant projet de guerre antisocial et anti-démocratique. Alors que des peuples se libèrent en ce moment de dictatures, les institutions européennes, elles, souhaitent à jamais installer sur notre continent la dictature de la finance contre les droits sociaux et humains.

Mobilisons-nous comme nous l’avons fait contre la directive Bolkestein et le projet de Constitution européenne. Face à une telle attaque projetée, toutes les forces progressistes politiques et sociales ont le devoir de travailler à rassembler largement l’ensemble des couches sociales dans leur diversité. Toutes vont être touchées de manière nouvelle et aggravée par ce pacte pour les forces de l’argent.

Le 20 mars, quelques jours avant la réunion du Conseil européen, le bulletin des candidats de rassemblement du Front de gauche aux élections cantonales permettra d’opposer un refus catégorique à de tels projets.

Patrick Le Hyaric, député au Parlement Européen

22 février 2011

Politiques d’austérité en Europe

Témoignage exclusif pour Cidéfil de Spicos Tzokas, maire de Kaisariani (région de l’Attique), en Grèce.
Le maire de cette commune grecque, surnommée la « petite Stalingrad », dresse un constat accablant des conséquences de la thérapie de choc infligée à son pays. Avec des réalités qui rappellent étrangement l’impact de la réforme territoriale française !

Notre patrie, la Grèce, par un accord qui rappelle les années de l’occupation allemande et nommé « memorandum », reste dépendante et endettée. Elle reste prisonnière, « transformée en champ de tir » (comme le dit bien une chanson grecque), à la merci des usuriers, des puissants de la finance, des banquiers qui exigent le retour de leur prêt. Leur tactique est connue : ils mènent notre pays à la faillite pour l’acheter plus facilement par la suite. Autrement dit « Vous voulez sauver votre pays ? Vendez-le ! ». Ceci est d’ailleurs écrit dans l’acte du prêt tout dernièrement consenti et édicté par la « troïka » (Commission européenne, FMI et Banque centrale européenne), le jour noir du 12 février, d’une manière qui rappellent les régimes coloniaux. La déclaration était claire : vendez votre pays, pour vous « désendetter » !

Cette situation dans laquelle se trouve actuellement pas uniquement l’Etat grec et ses citoyens mais toute la Nation n’est pas uniquement économique, elle est aussi sociale, culturelle et donc profondément politique.
Par la même, notre pays se trouve dans une situation critique, premièrement dans le domaine de sa sécurité et de son indépendance nationale, deuxièmement d’un point de vue moral, du fait de son dénigrement, puisqu’il est qualifié de pays de la corruption et de l’amoralisme. Troisièmement, enfin, dans le domaine des relations internationales, en caractérisant notre pays de « goutte d’eau capable de faire déborder le vase », en matière de répercussions possibles sur l’euro et donc sur l’Union Européenne.

Le pire de tout vient de ce que le mémorandum, signé par le gouvernement grec et comportant des clauses plus défavorables que celles de notre emprunt de type colonial imposé par le Control International Economique en 1898, détermine et limite notre politique économique par des règles qui ne vont pas mener à la fin de cette tragédie. Dans ce contexte difficile, certains s’enrichissent, comme les agents du marché noir que nous avions connus pendant l’époque de l’occupation. Les sacrifices du peuple grec se transforment sans aucune perspective pour le pays en gains excessifs pour les usuriers – spéculateurs !

Victime de cette situation - la Gestion territoriale (GT), dans la mesure où l’Etat essaye par tous les moyens de la mettre sous sa coupe. Les ressources institutionnelles sont de plus en plus limitées par des artifices. Les contrôles prévus à dessein par la police se multiplient. Nous devenons témoins d’arrestations exercées par la police contre des élus locaux, quand ces derniers défendent les droits des citoyens. Tous ces exemples sont les manifestations d’une situation alarmante.

Le gouvernement fait un pas de plus vers l’un des objectifs du projet « Kallikratis » qui remplace celui de Kapodistrias 1 dans le domaine de la Gestion Territoriale. Avec ce projet Kallikratis ; le pouvoir déforme la substance même de la G.T, de la démocratie directe et par conséquent du pouvoir populaire. Avec la réduction spectaculaire, trouble et mécaniste du nombre de collectivités (6000 collectivités il y a dix ans, plus que 1034 aujourd’hui avec l’objectif de n’en conserver rapidement plus que 335 !), la G.T se transforme en un mécanisme bureaucratique, ou bien en un petit Etat dans l’Etat, impersonnel et éloigné du citoyen. Avec ce genre d’unifications se détruit toute notion de participation directe. En revanche, se renforce au niveau local la notion de l’aliénation politique, de l’éloignement et de l’exclusion des citoyens de tout pouvoir.

Se constituent ainsi de petits Etats, fortement centralisés, qui éloignent les citoyens des centres de prise de décisions.

En conclusion, le projet de Kallikratis, sur le fond, remet en cause la représentativité, l’esprit collectif et la démocratie. Le contenu de cette reforme vise en effet à un plus grand contrôle de la gestion territoriale par les centres d’intérêt économique et politique, il s’intègre dans le Plan de Stabilité et sert le néolibéralisme.

Les gouvernements visent non pas les citoyens tout court mais les élus de gauche. Ils sont contre ceux qui se mêlent des activités de la commune, de ses affaires ; qui créent des conditions mobilisatrices et de mouvement.

La G.T n’est peut être pas un mouvement en soi, mais les acteurs de gauche dans la G.T doivent créer des mouvements. Nous devons donc avoir à l’esprit une G.T au service du Citoyen, fonctionnant comme un pouvoir populaire, une gestion combative et revendicatrice ; ainsi qu’économiquement suffisante pour être apte à exercer ses prérogatives.

Nous sommes appelés à conjuguer les mouvements de la commune avec des collectivités à caractère féministe et toute autre forme de collectivités progressistes, radicales ; sociales, écologiques et culturelles.

16 février 2011

LA FRANCE MAUVAIS ELEVE

La France championne du bourrage de classes !

Selon le centre d’analyse stratégique, notre pays possède l’un des taux d’encadrement professeurs/élèves les plus mauvais de l’OCDE. Notamment en primaire et dans le supérieur.

Luc Chatel pourra difficilement faire semblant d’ignorer la réalité. La révélation provient du très officiel Centre d’analyse stratégique (CAS), une institution placée auprès du premier ministre. Et que dit-elle ? Tout simplement que la France possède l’un des taux d’encadrement professeurs/élèves les plus faibles des pays de l’OCDE.

« Tous niveaux et tous établissements confondus (publics et privés), il atteint 6,1 enseignants pour 100 élèves étudiants, alors que des pays comme la Suède, la Grèce ou le Portugal dépassent les 9 enseignants », peut-on lire dans la note de synthèse « Tendances de l’emploi public » de février 2011 (1).

Dans le détail, on s’aperçoit que ces mauvais résultats sont dus aux taux d’encadrement dans le primaire et l’enseignement supérieur. Avec 5 professeurs pour 100 élèves ou étudiants, il s’agit des plus bas de toute l’OCDE ! Dans les collèges et lycées, la France se situe, en revanche, à un niveau « médian » avec 8 enseignants pour 100 élèves. Le pire, c’est que ces chiffres prennent comme référence l’année 2007. Or, depuis, quelque 50 000 postes ont été supprimés dans le primaire et le secondaire. Auxquels doivent s’ajouter 50 000 autres entre 2011 et 2013, dont 16 000 à la rentrée.

De quoi accentuer une tendance bien française au bourrage de classes. Cette dernière est d’ailleurs parfaitement assumée par le ministère de l’Éducation nationale. Pour preuve : en juin dernier, les têtes pensantes de la rue de Grenelle recommandaient aux recteurs en mal de suppressions de postes d’augmenter, entre autres, les effectifs d’un élève par classe, dans l’espoir d’économiser 10 000 postes de profs au plan national.

Quant à Luc Chatel, il s’enferme, sur cette question, dans un déni ahurissant. En juin dernier, notre brillant ministre déclarait in extenso : « Nous avons un taux d’encadrement qui est plus important en France que celui d’autres grands pays développés. » Alors même que les chiffres de l’OCDE pour 2007 constatent 22,6 élèves par classe en primaire et 24,3 dans le secondaire, contre respectivement 21,4 et 23,9 élèves en moyenne dans l’OCDE.

Sur le fond, les chiffres du CAS ne font que confirmer la sous-dotation chronique dont souffre notamment l’école primaire en France. Dans un rapport de mai 2010, la Cour des comptes soulignait déjà que notre pays y consacrait moins de moyens que la moyenne de l’OCDE : 5 % de moins en maternelle, 15 % de moins à l’école élémentaire. Et ce sur la base des chiffres 2006.

(1) Note no 214 consultable à l’adresse http://www.strategie.gouv.fr

Laurent Mouloud pour l'Humanité

DIRECTIVE SERVICES PUBLICS : L'INTERVENTION DU DEPUTE PATRICK LE HYARIC

Parlement européen, débat sur la mise en œuvre de la directive services,  le 14 février 2011.

15 février 2011

L'ALLEMAGNE VEUT IMPOSER SA POLITIQUE ECONOMIQUE

ANGELA MERKEL, CHANCELIERE ALLEMANDE, REINE DU PETROLE EN EUROPE


Ces dernières semaines, Angela Merkel et les dirigeants allemands ont expliqué le sens qu’ils donnent au terme de « compétitivité ».
Ils proposent à leurs partenaires d’adopter un programme comportant notamment la création d’une base de calcul commune pour l’impôt sur les sociétés, la suppression de l’indexation des salaires sur les prix et le recul de l’âge de la retraite. Ils préconisent en outre l’adoption de mécanismes de plafonnement de l’endettement, tels que ceux inscrits dans la Constitution fédérale.

Si on s’en tenait à ces seuls éléments, on pourrait considérer que la France est au top dans la course à la compétitivité. Mais les dirigeants allemands en veulent plus. Notre pays est entré dans la crise avec un défi cit budgétaire d’environ 4 % de son PIB, alors que les comptes de nos voisins allemands étaient à l’équilibre.
À la sortie de la récession, notre déficit est monté à près de 8 %, contre 3,5 % pour l’Allemagne.

Berlin, qui entend le porter à moins de 3 % en 2011, trouve inacceptable que les autres n’en fassent pas autant, considérant que sans cette discipline, la possibilité de maintenir un euro au cours élevé sera diffi cile et l’équilibre de la zone continuera d’être menacé. Aussi, lorsque le ministre des Affaires étrangères allemand, Guido Westerwelle, affirme : « Nous voulons utiliser la crise comme chance pour effectuer un grand pas en termes d’intégration » en Europe, il ne propose pas de réaliser une convergence par le haut, un rattrapage des pays les plus puissants par les plus faibles.

 Il s’agit, après la crise, de créer les conditions d’une relance de la rentabilité des capitaux dominants par la réduction du coût du travail et la baisse de la dépense publique. En France, l’équipe de Nicolas Sarkozy ne voit pas les choses autrement. Son invitation à se rapprocher du modèle de compétitivité allemand n’a pas d’autre sens. Nos dirigeants ont l’illusion qu’ils vont pouvoir ainsi tirer l’épingle du jeu pour nos propres grands groupes.
Le capitalisme français a encore davantage besoin que son homologue outre-Rhin de bénéfi cier du soutien des marchés fi nanciers et des agences de notation. Pour conforter sa place de champion de l’exportation des capitaux en Europe, il doit à tout prix obtenir des fonds de pension et d’investissement anglo-saxons qu’ils placent leur argent dans les titres de la dette publique et à la Bourse de Paris. Mais ce projet, loin d’affi rmer une ambition pour la France, n’est rien d’autre qu’une vulgaire capitulation devant les intérêts des « konzerns » outre-Rhin.

Ce corset de fer qu’on veut imposer aux peuples ne peut que renforcer la domination allemande, il risque à terme de tuer l’Europe.

Pierre ivorra pour l'Humanité